Ce texte est une réflexion personelle sur les...29 ans qui viennent de passer, sur les observations, tout ca quoi...

Un an déjà....

C'était donc en tout début 1974...
J'observais avec un ami du club du Lycée Poincaré, chez lui (troisième planète à partir du soleil, France, Lorraine, Nancy, Champigneulles, rue Voltaire. Michel, t'es toujours du monde, qu'est ce que tu deviens ? ). On était en seconde. Il faisait très froid et nous avions du attendre une heure du matin pour la voir, dans la barraque à lapins pour avoir moins froid. Vers une heure du matin, plus de doute, c'était bien elle, Saturne, à l'horizon. Nous n'avions qu'une lunette de 60mm de mauvaise qualité (merci La Redoute ), et pourtant qu'elle était belle... Ca, ce sont des émotions comme on n'en refait plus !. Ca arrive une fois dans la vie, puis après ce n'est plus jamais pareil.

Il y a quelques mois, pour ainsi dire "au boulot" :-), j'ai pu revoir pour la première fois de la saison Saturne au matin. Saturne était presque au même endroit où je l'avais vue en 1974. Dans quelques mois, elle sera exactement au même endroit. 29 ans déjà... Saturne près de Zeta Taureau m'a fait presque le même effet qu'à un autre une madeleine dans une tasse de thé... Un an de Saturne...

Le ciel offre ce genre de spectacles personnels et temporels. La connaissance du ciel permet de se situer dans l'espace, et dans le temps. Les heures passent avec la rotation diurne du soleil le jour et des étoiles la nuit. L'observateur assidu du ciel va voir les semaines passer avec les phases de la lune. Il est courant en France de revoir la constellation d'Orion au matin. On est encore en plein été et pourtant on sait déjà que l'hiver arrive. Il est des objets qui font un lien entre les époques. Telle comète, recemment apercue l'avait été au 16ème siècle. Telle autre, comme Hale Bopp avait du être vue par les anciens Egyptiens. La comète de Halley avec sa période de 76 ans par exemple est un objet que bien peu de personnes peuvent voir deux fois dans leur vie, ou alors dans la prime jeunesse, puis ensuite très vieux. Réaliser que Saturne avait fait un tour du ciel m'a ramené d'abord en 1974, puis laissé un peu mélancolique. Peut être la reverrais je encore une fois dans cette constellation, mais deux... je ne crois pas.

Je me suis dit que c'était l'occasion de marquer le coup. En 1974, je venais juste de commencer à observer le ciel, et finalement en un an de Saturne, j'ai pu voir pas mal de choses. Depuis j'ai fait de la photographie astronomique, puis les télescopes de Schmidt, puis les astéroïdes proches de la Terre et la surveillance du ciel un métier. Du ciel nuageux de la Lorraine, à l'observatoire de la Côte d'Azur, à celui du Mont Palomar, puis de nouveau à Grasse, puis à l'ESO La Silla au Chili et bientôt à San Pedro de Atacama, les 29 années sont vite passées. Les plus fortes émotions, à part la découverte d'un objet interessant (astéroïde géocroiseur ou comète), ce sont en observant le ciel visuellement que j'ai pu les obtenir. Je fixe donc dans ce texte ces souvenirs d'observations visuelles, en espérant pouvoir écrire de nouveau la prochaine fois que je reverrai Saturne à la limite du Taureau et des Gémeaux ce que j'aurai pu voir de beau depuis. Dans beaucoup de cas je n'ai pas pu trancher clairement entre plusieurs observations, donc j'ai mis les quelques observations de l'objet en question qui m'ont laissé les meilleurs souvenirs. Sur la fin j'ai rajouté d'autres souvenirs, non pas d'observation visuelle, mais astronomiques et importants pour moi malgré tout.

J'avais 15 ans, j'en ai 44 tout bientôt, j'en aurai peut être 73. Il me faudrait atteindre 102 ans et avoir encore bon pied bon oeil (d'ici là, bionique...) pour la revoir à nouveau dans ce coin du ciel. Finalement ce texte n'est pas tellement pour vous, il est pour moi, parce que d'ici là... dans un an, j'aurai peut être tout oublié.... Ca passe vite.

Voici donc ma capsule temporelle de cette année saturnienne d'observations.


Instruments : J'ai commencé à l'oeil nu comme tout le monde, puis j'ai acheté un télescope de 76/700 chez Photo Quelle (c'était une boîte allemande de vente par correspondance). Trépied de table, deux oculaires très bas de gamme, 235 francs. J'étais fier comme Artaban avec mon engin. Transportable en mobylette... Je l'ai commandé au moment de la comète Kohoutek quand ca a commencé sérieusement à me chatouiller, mais je ne devais pas être le seul, et il est arrivé après le passage de la comète. Il sentait bon la peinture neuve. Pour ce qui est de la comète, pas trop de regrets, elle avait fait un flop retentissant : Elle devait atteindre les magnitudes négatives, le tiers du ciel, tout ca, elle n'est arrivée qu'à la magnitude 5. Les astronomes, déjà, s'étaient trompés dans leurs calculs.... Quelques années plus tard, en fouillant dans la clichothèque de Palomar j'ai retrouvé de magnifiques plaques prises au Schmidt. Elle devait être belle quand même. J'ai construit plusieurs télescopes entre 150 et 400mm, mais le télescope que j'ai le plus utilisé est mon C14. Transportable, lumineux. Monture de daube au niveau photographique, mais belles images à grand champ avec les bons oculaires. Depuis que je suis au Chili j'ai commencé une collection sérieuse, un peu tous les styles, un peu tous les diamètres, il n'y a pas de télescope universel. Je n'ai plus l'oculaire de Huyghens de 20mm de focale et de 24.5 mm de diamètre à deux lentilles qui était livré avec mon premier télescope, mais j'ai une série de Naglers (dont chacun vaut entre 10 et 30 fois le prix de mon premier télescope...), dont le 31mm, et finalement, à ce niveau, il n'y a pas à regretter le temps passé. Je me dis qu'il n'y aura pas autant de différence entre ce premier oculaire et le Nagler 31mm et ce qu'il y aura d'ici là. Interessant de savoir.

J'avais un 76mm, je suis en train de construire un 60cm, aurais je un 4.8mètres dans un an...

Attendons....


Observations :

Mon plus beau soleil : Celui du 30 Juin 1973. Je rentrais du collège, dernier jour de l'année. Midi, j'avais observé l'éclipse partielle de soleil avec un masque à souder. Je peux considérer qu'à partir de ce moment, j'ai fait de l'astronomie mon activité principale. Aussi dans un coronographe, ou derrière un filtre Halpha, le soleil c'est vivant, on le voit changer d'heures en heures. Sinon le 24 Juin 2001 en Zambie, magnifique totale. Une éclipse totale, c'est un moment de magie, je ne me rappelle pas de moments plus beaux, plus émouvants, plus intenses dans ma vie, mis à part la naissance de mes enfants. Le mieux étant d'observer une éclipse avec ses enfants (j'étais avec Malvina en Zambie). J'ai deux enfants et 4 totales. Point commun : j'aime mais ca coûte cher... :-)

Ma plus belle Lune : Au télescope de 1mètre de l'Observatoire du Pic du Midi. Une nuit stable, un grossissement de 800 fois, j'avais l'impression de survoler littéralement la lune comme depuis le module Apollo. Mais aussi de belles lumières cendrées comme un matin à l'aube en partant à la pêche, un magnifique croissant de lune avec Vénus à côté.

Mon plus beau ciel : Clairement depuis le Chili et sur les hauts plateaux boliviens, en hiver (Juillet Août). La voie lactée qui passe par le zenith, la lumière zodiacale qui continue par l'arc zodiacal passant aussi par le zenith. A d'autres périodes le gegenschein, des bandes OH qui traversent le ciel. Aussi depuis le Chili, mais en altitude, des portions de la boucle de Barnard visibles à l'oeil nu, à 5100 mètres d'altitude. Mais du même site, pas plus de 7 Pléïades visibles à l'oeil nu, bien fatigué par l'altitude. Toujours du Chili, à Cerro Armazones, l'ombre de la voie lactée sur les cailloux. Dans le noir depuis 30 minutes, tentant sans lampe de poche de retrouver un appareil photo que j'avais laissé en pose, s'apercevoir qu'il y a une ombre d'un côté des cailloux, celui opposé à la voie lactée, blanche. Triste ciel français.

Ma plus belle pluie d'étoiles filantes : 17 Novembre 1998 depuis l'observatoire de Xinglong en Chine. Il faisait très froid, mais toutes les quelques secondes il y avait un bolide dans le ciel. Un feu d'artifice silencieux. Là aussi, probable que je n'en reverrai pas d'aussi belles. En 1999 depuis Calern, c'était pas mal aussi, et on s'était bien caillé aussi.

Pas encore vu d'aurores boréales, un oubli à combler....

Mon plus beau satellite : La défunte station Mir, depuis Palomar, j'avais pu la suivre visuellement avec une lunette Zeiss Télémentor et avait été très surpris de voir des détails pendant quelques instants fugitifs. L'ISS est déjà pas mal et va être de mieux en mieux.

Mon plus beau Mercure : Voir Mercure est déjà beau. Je n'ai pas de souvenirs particuliers associés à cette planète fugitive, difficile à voir, toujours dans une atmosphère crasseuse et turbulente.

Ma plus belle Vénus : Vénus n'est pas spécialement excitante. Peut être celle qu'on a pu montrer à un passant, en plein jour, la surprise de l'individu (voir des "étoiles" dans le ciel en plein jour ! ) est peut être la plus grande satisfaction que Vénus peut procurer. Sinon peut être aussi celle des vendredis après midi en salle d'anglais. J'étais arrivé à la trouver dans le ciel, et pendant plusieurs semaines, j'ai pu la voir pendant que le professeur tentait de nous apprendre une langue qui me semblait alors bien inutile... C'était un moment d'échappement, pouvoir observer le ciel à la place d'écouter des cours barbants. Sinon plus récemment je me suis aperçu qu'on pouvait voir des choses très interessantes lors du coucher de Vénus, c'est un vrai festival de couleur que nous offrent cette planète et notre atmosphère.

Ma plus belle Mars : La dernière opposition, depuis La Silla, avec une lunette Takahashi de 102mm, mais j'espère bien que l'opposition qui va venir me donnera l'occasion d'avoir enfin des images de très haute qualité sur cette planète, parce que celle là, j'en suis sûr, je n'en reverrai pas des comme ca... (la prochaine opposition de Mars aussi favorable sera dans quelques siècles).

Mon plus bel astéroïde : 44 Nysa dans Praesepe. Le seul astéroïde que j'ai observé en visuel. Ca m'avait convaincu à l'époque que l'observation des astéroïdes était tout sauf interessante, juste un point qui se déplace de jour en jour. Bof... Sinon regarder à la loupe une plaque de Schmidt prise à l'opposition, avec 300 astéroïdes visibles. La plupart ont le même type de mouvement, lié au mouvement de la Terre et des astéroïdes autour du soleil. Quelque fois, il y a l'objet rare, se déplacant plus vite, ou à l'envers, ou à 90°...

Ma plus belle comète : La comète Kohoutek avait été la grande comète de mes tous débuts, mais je n'avais pas pu la voir. West avait été géante, et je l'ai observé tous les matins où elle était visible (j'étais en Lorraine et il ne fait pas souvent beau au printemps), mais la plus belle d'entre toute a été Hyakutake. Une vision impressionnante de cette comète qui faisait 70 degrés dans le ciel. Peu de gens ont pu la voir correctement, mais pour ceux qui ont pu la voir à son maximum dans un ciel clair, quel choc !. Avec ce genre d'objet dans le ciel, difficile de ne pas se sentir dans l'espace (comment les gens arrivent il à vivre comme s'ils étaient sur une Terre plate ? ). C'est monstrueusement grand, impressionnant, et ca ne fait pas de bruit. Sinon ma première comète, le matin de la découverte sur une plaque photo. J'ai marché à un mètre du sol pendant trois jours tellement j'étais heureux, comme un gamin. Elle est repassée 2 fois depuis, et j'ai pu rècemment en refaire des images depuis le télescope Danois de La Silla pour lui redire bonjour. Sinon et pour faire transition, la comète Shoemaker Levy 9 et la semaine formidable qu'elle nous a fait vivre en 1994. Je m'étais convaincu que si elle arrivait à faire une tache de 3000km sur la surface de Jupiter, on arriverait à voir un petit point comme l'ombre d'un satellite de Jupiter. Les plus grosses explosions ont laissé des taches noires grandes comme deux fois la Terre, elles étaient visibles dans les plus petits télescopes. Plus tard, ca m'a convaincu qu'il ne faut pas prendre la notion d'impact d'un astéroïde sur Terre comme une vision de l'esprit. Il ne faut pas se dire que ca n'arrivera jamais. On apprend toujours quelque chose des comètes. J'en ai découvert 3 pour l'instant.

Ma plus belle Jupiter : Un soir, vers 77. Je n'ai plus la date exacte. Jupiter était au couchant, entre deux couches de nuages. Bas sur l'horizon, ca n'aurait pas du être beau, et c'était magnifique. C'était à Vandoeuvre les Nancy, dans l'observatoire Kaplan, qui était équippé d'un télescope Florsch lui même muni d'un miroir Bacchi de 260mm. Je ne sais pour quelle raison, l'atmosphère Lorraine n'est pas des plus stables, mais pendant quelques dizaines de minutes, ce jour là, l'image a été stable, et surtout très colorée. Je n'ai plus jamais revu Jupiter aussi détaillée et colorée : Il y avait du turquoise, du vert, de l'ocre, de l'orange, c'était magique. J'ai eu aussi beaucoup de belles images à la lunette guide du télescope de Schmidt de Calern. En fin de nuit, alors qu'il commencait à faire jour, il n'était pas rare que je prenne un peu de temps pour observer les planètes si elles étaient visibles. Au confin du jour, il y a fréquemment un quart d'heure magique ou la turbulence se repose enfin, les images deviennent stables et c'est un régal pour les yeux. En utilisant un filtre n'utilisant que la partie centrale du spectre visible, les images étaient très piquées, mais sans couleurs distinctes. Impressionante aussi à la grande lunette de Nice ou encore au T1M du Pic. Au 5 mètres de Palomar, très colorée, énorme, mais floue (seeing de 2 secondes d'arc, la fois où j'ai pu la regarder).

Ma plus belle Saturne : Ce jour de 1974 dans cette toute petite lunette merdique (si, si vraiment, optique pitoyable, lentille de 60mm simple), et à la lunette guide du Schmidt ou encore au T1M du Pic. Y a t'il une planète plus belle ?

Uranus Neptune Pluton : Je ne suis pas un grand coureur de choses invisibles. Mais pour la forme j'ai déjà observé ces petites planètes. Bof... Je suis même tombé sur Pluton une fois en cherchant des astéroïdes au Schmidt de Calern, l'image avait une croix de diffraction et était saturée.

Ma plus belle étoile : Albiréo. Je vous ai dit que j'étais un fainéant. Une étoile double facile, dont les deux composantes sont bleue et orange, facile à voir. Dans un spectroscope, c'est encore plus beau. Ou encore Betelgeuse éclairant l'oeil d'un observateur au 5 mètres de Palomar, comme l'oeil d'un observateur qui regarde la lune dans un télescope normal. Certaines étoiles carbonées, d'un rouge profond comme des rubis.

Ma plus belle nébuleuse : Les dentelles du Cygne dans un Celestron 14 en Lorraine. Après un orage, les images étaient claires. Alors qu'habituellement les dentelles sont visibles comme un fuseau sans trop de détails, elles étaient découpées au couteau, torsadées, impressionnantes, comme dans les plus belles photographies, mais en vrai :-). On a l'impression que la Lorraine est le pire des endroits pour observer. Pourtant, quelques fois, le ciel peut y être dément. C'est juste que ce n'est pas souvent... La même nébuleuse dans le Dobson de 380mm du GAPRA à Saint Véran. Oculaire Nagler et filtre UHC pour avoir une image en blanc sur noir. Plus récemment Eta Carène dans un T200 avec un Nagler de 31mm et filtre UHC le tout donnant un champ de 2.6 degrés.

Ma plus belle planétaire : La nébuleuse du pôle de l'écliptique, NGC6543 dans le P60, i.e. le télescope de 1.52m de Palomar. Ou encore la nébuleuse Saturne dans le même télescope : Un oeil qui vous fixe, une structure interne complexe, un vert OIII inexistant sur Terre, fluorescent et vivide. Arrgghhh. Même une personne insensible (ca existe...) ne peut pas ne pas être impressionné par des objects aussi beaux.

Mon plus bel amas ouvert : H et Khi Persée. Dans n'importe quel télescope ou jumelle.

Mon plus bel amas globulaire : La première fois que j'ai observé Oméga du Centaure, dans le dobson de 360mm de Robert Mc Naught à l'observatoire anglo australien. Cet objet est monstrueux. On imagine ce que doit être le ciel pour un observateur vivant dans cet amas. Désolé pour les observateurs de l'hémisphère nord, mais il faut reconnaître qu'il n'y a pas d'amas globulaires dignes de ce nom dans cet hémisphère. Que des trucs de kékés.... :-) Bon, un faible quand même pour Messier 3, qui est beaucoup plus fin que M13...

Ma plus belle galaxie : NGC4565, ou encore la voie lactée au zenith depuis l'altiplano bolivien. Bon, avec un faible pour Messier 51 dans le T152 de Palomar. NGC253 aussi, ou NGC891 (dans le 5m de Palomar).

Mon plus bel amas de galaxie : Coma. A la limite de visibilité dans le Celestron 14 dans le ciel pollué de Calern, mais un fourmillement de galaxies apparaissant en vision décalée. Aussi, des après midi passés dans la salle d'inspection des plaques du Schmidt de Palomar, à regarder des plaques à la binoculaires. Certaines, assez profondes (magnitude 23 en B), et prises en direction du pôle galactique montraient un fourmillement de petites taches floues, une vision précurseur du Hubble Deep Field, le fond de l'univers rempli de galaxies à perte de vue (télescopique). Contrairement aux grosses galaxies qui sont très esthétiques, celle là ne sont pas très belles mais portent à la réflexion....


Seconde partie, quelques trucs non visuels, mais mémorables (au sens qui sont restés dans ma mémoire) :

Ma plus belle nuit astro : 4 Janvier 1989. Avec Derral Mulholland, on avait retrouvés deux comètes, et pris des plaques photos sur lesquelles Christian Pollas a découvert Toutatis le lendemain matin. Trop fatigué pour regarder la plaque avant de la mettre dans la sécheuse. Mais une nuit où l'on fait pleins de choses en arrivant à des résultats est toujours une nuit dont on se souvient. Ou encore le 22 Juin 1990 au T60 du Pic. Nuit plus courte, tu meurs. Mais on peut dire qu'on l'avait exploité à fond. Avec Christian Buil et Laurent Brunetto, dans la même nuit on avait pu retrouver 2 comètes (qui n'ont jamais été réduites, mais bon, on les avait vues) et Christian, toujours à gaspiller du temps utile sur des objets inutiles :-), avait continué à faire des images pour le Buil Thouvenot Atlas. Eric avait découvert la supernova 1990n sur une des images de la nuit après que Laurent et moi soyons redescendu du Pic. C'était d'une part la première découverte d'une SN par des amateurs avec une caméra CCD (si je ne me trompe pas), et surtout 1990n a fait couler beaucoup d'encre par la suite. Découverte avant le maximum, elle a été observée par tous les télescopes majeurs du monde, et est encore aujourd'hui une référence en matière de SN. Une nuit bien remplie.

Ma plus belle erreur : avoir parié sur le futur de la photographie astronomique, et dire que les CCDs ca n'irait nulle part. Oui et non. Il n'est plus possible d'acheter des plaques photographiques, personne n'a finalement développé ce qui aurait pu être faisable (des plaques avec un DQE de 10%), et on arrive juste maintenant à construire des caméras CCD aussi grandes que les plaques photo d'antan, et pour des sommes astronomiques que seuls les grands observatoires internationaux arrivent à se payer. On arrive très très difficilement à voir des objets étendus aussi faibles que ce qu'on peut voir avec une bête plaque photo. Au bout du compte, pour l'amateur, on arrive à un paysage très différent de ce qu'il était il y a quelques années. Des caméras CCD de bonne qualité, mais chères, des webcams au résultats mitigés, impressionnants, mais jamais très beau (on peut définir les résultats obtenus avec les webcams comme impressionnants compte tenu du prix), des appareils photos numériques qui n'ont pas fini de surprendre, et des pellicules très sensibles qui n'ont plus guère besoin d'hypersensibilisation pour donner des images utilisables. On verra dans 29 ans....

Mon plus beau guidage de photographie : Les jeunes ne savent pas, mais il y a encore quelques années, il fallait encore guider les télescopes à l'oeil, derrière l'oculaire d'une lunette guide. On passait ainsi des heures à surveiller le tremblotement et les dérives d'une petite étoile, dans le froid. En été, ca allait, en hiver, c'était une torture. Mon plus beau guidage, donc.... Je suis obligé d'expliquer comment j'ai guidé cette plaque.... Jean Louis Heudier m'avait trouvé un demi poste au télescope de Schmidt de Calern en 1981, après le stage de BTS que j'y avais fait. Mais demi poste, demi salaire, et ma femme n'était pas tombée à demie enceinte. Donc il m'a fallu chercher autre chose, les 2000 et quelques francs de l'époque payant tout juste le loyer de notre appartement. J'ai rencontré David Malin lors de mon premier meeting astronomique à Asiago en Italie. Je souhaitais lui parler, vu que c'était Dieu sur patte, pour moi, et à l'époque. J'ai pretexté vouloir lui demander des trucs sur les copies haut contraste. Ca a servi à lancer la discussion. Puis à un moment, il m'a demandé si ca m'embêtait s'il me posait des questions. J'ai répondu à ses questions, et à la fin de la discussion, il m'a demandé si ca m'interessait de travailler à l'étranger. Tu parles !. C'est comme ca que j'ai su qu'il y avait un poste d'astrophotographe à Palomar. David m'a écrit une lettre de recommandation, j'ai envoyé un curriculum vitae, que j'ai relu quelques années plus tard en prenant peur, tellement mon anglais était mauvais. Pas de réponses pendant plusieurs semaines. On se dit, bon, c'est normal, Palomar, tu parles.... Puis un samedi matin, une lettre de Caltech dans la boîte aux lettres. On l'a regardé, on a hésité à l'ouvrir, on se disait que ca devait être du genre "Merci, on vous écrira...". Bien non, c'était au contraire très positif, une invitation à venir passer une semaine à Palomar, pour discuter de la survey ( un entretien d'embauche, quoi...). J'ai donc pu aller à Palomar. La première fois que je prenais un 747... Quelques jours à Caltech à Pasadena, à dormir à l'Athaeneum, le club privé de Caltech, confort.... Je me rappelle que le directeur m'avait demandé si c'était OK à l'athaeneum. Un peu que c'était bien. Je n'avais même pas compris la liste de pains disponibles au petit déjeuner, et j'avais répondu "white bread" au serveur en gants blancs, parce que c'est le seul que j'avais compris. Il m'avait dit "Albert Einstein aussi aimait bien y venir....". Frimeur... :-)

Puis arrivée à Palomar, visite du 5 mètres, LE 5 mètres, énorme, et du Schmidt. Je vais manger et je retourne au Schmidt de nuit. Il y avait Charles Kowal (un vrai astronome), Roger Hickson, l'assistant de nuit, et un autre assistant dont je ne me rappelle plus le nom. On entame la discussion, et Charles me demande si je veux guider une plaque. Je me retrouve donc quelques minutes plus tard, dans le noir, à l'oculaire de la lunette guide du Schmidt (avec un S majuscule, comme on dit Galaxie). Le temps de mettre en route, tout le monde redescend. Je reste seul. Sur KFSD (radio classique de San Diego), la symphonie du nouveau monde de Dvorjak. Il y a une expression pour celà, c'est "ne plus toucher sa culotte". Ca décrit bien comment j'étais. J'ai passé 4 ans à Palomar, et ca a été cool. Je n'écoute plus jamais cette symphonie sans repenser à cette nuit là. Bon, de vous à moi, le Schmidt de Palomar, impressionnant, papy Hubble fumant sa pipe, tout ca, mais pas un télescope dément quand même. Optique limite, celle du Schmidt de Calern est nettement plus piquée, mécanique limite (on arrive à le faire bouger en y mettant un coup de poing). Malgré tout, 1.24 d'ouverture, une bête de travail, très lumineux, ayant découvert un nombre de comètes incroyables (ne vous laissez pas tromper, un vrai télescope, ca sert à ca), et qui fonctionne encore (mais c'est pas lié au télescope lui même, juste au fait qu'il y a des gens intelligents qui dirigent Palomar). Ah oui, la plaque, c'était une de celles qui a été mesurée pour réaliser le Hubble Telescope Guide Star Catalog. Je ne sais même plus quelles coordonées dans le ciel.

Mon plus bel article de journal : J'ai eu l'occasion d'être cité dans un certain nombre d'articles de presse. A part quelque catastrophes écrites par des journalistes incompétents (genre me traiter d'astrologue...), la grande majorité ont été écrites par des gens sérieux, comprenant ce qu'ils écrivaient. Celui qui m'a le moins amusé, sauf rétrospectivement a été à l'occasion de la comète West. J'avais 16 ans et ca avait été une comète fantastique. Il y a les comètes; à tout moment il y en a une bonne trentaine d'observables avec un télescope d'amateur et une caméra CCD, il y a celles qui deviennent visibles à l'oeil nu, et il y a "les grandes comètes". West a été une grande comète. Découverte à la magnitude 16, à 200 mètres d'où j'écris ce texte. Richard West n'a plus touché un télescope depuis des années, et le Schmidt de l'ESO est fermé depuis des années aussi. J'ai perdu une année scolaire à cause de cette comète. Je me levais tous les matins pour la voir. Suivant un protocole régulier, j'ouvrais la fenêtre de ma chambre pour voir si le ciel était clair, si oui, je m'habillais. Ensuite j'ouvrais la porte du garage en fer qui faisait un boucan du même nom. J'avais développé une technique d'ouverture de porte qui prenait du temps mais sans faire de bruit. Je sortais mon télescope dans le jardin, et je commencais à observer. Je rentrais dès qu'il commencait à faire jour, et redormait un peu (ca m'a valu une après midi de colle parce que j'étais arrivé 5 matins en retard dans la semaine). Un ami m'avait prêté un téléobjectif et j'avais fait des photographies, qui, je dois dire, n'étaient pas mauvaises. J'avais fait des tirages que j'avais montré au directeur du foyer des jeunes où j'animais le club astronomie. Celui ci les avaient montrées au journaliste de l'Est Républicain, qui avait écrit un petit article sur la comète, à quelle heure on pouvait la voir, etc.... Il y avait une des mes photos, avec comme légende quelque chose comme "Photo Alain Maury à 5h00 du matin". Une voisine avait demandé à ma mère si elle avait vue ma photo dans le journal. "Ah bon, mon fils est en photo dans le journal". "Non, une photo prise par lui". Il a fallu expliquer ce que je faisait à 5 heures du matin dehors en semaine, alors que j'étais censé dormir. Je vous passe les détails de l'engueulade... J'ai continué à observer cette comète jusqu'à ce qu'elle ne soit plus visible. C'était une année où je n'ai pas fait grand chose au lycée, à part m'occuper du club astronomie et du club photo. On ne peut pas dire que mes parents n'ont pas tout fait pour que je sois plus sérieux à l'école. Ils m'avaient promis de m'acheter une lunette de 80mm si je travaillais correctement et passait le bac. J'ai passé le bac, avec deux ans de retard. A vrai dire, la perspective d'avoir une lunette de 80mm n'avait pas suffit à me motiver, j'avais les clés de l'observatoire Kaplan avec un télescope de 26cm. Que de nuits passées, 45 minutes de mobylette aller, la même chose retour. La fois où j'ai descendu l'escalier qui montait à la coupole sur le train arrière, revenu debout sur les pédales de ma mobylette, pouvait plus m'assoir. La fois où j'ai crevé et j'ai du pousser ma mob sur 15km, pour arriver avant que mon père ne rentre du travail (dans les aciéries, on faisait les 3/8). J'ai eu juste le temps de me coucher tout habillé j'ai entendu la voiture arriver. Juste. Combien de déplacement pour aller observer dans un ciel qui ne me ferait plus sortir le nez dehors... L'année précedente, mes parents avaient confisqué tout mon matériel d'astronomie. Facile à l'époque. A chaque fois qu'ils allaient en course, je fouillais la maison pour retrouver mes bouquins, ma cuve de développement, mon télescope. J'ai cherché partout, dans le grenier, sous leur lit, dans la fosse du garage, chez ma grand mère. Plusieurs années plus tard ils m'ont dit qu'ils avaient mis tout mon trésor dans le coffre de la voiture... J'avais beau chercher...

L'observation qui m'a le plus scotché : Le gamma ray burst 990123. Pas une observation visuelle, mais après coup, dans la semaine qui a suivi, j'étais comme sonné par ce qui venait de se passer. Une source, apparue dans une galaxie invisible, et qui pendant quelques minutes a rayonné plus de 80000 fois plus que toutes les étoiles de sa galaxie. Elle aurait atteinte la magnitude -9 si elle avait été dans la galaxie d'Andromède à 2.2 millions d'année lumière. A la distance de la nébuleuse du crabe, elle aurait été plus brillante que notre soleil. A la distance du soleil, la Terre fondait... :-) Un autre aspect amusant de ce genre d'observations : Il y a un programme normal d'observations, puis soudainement la lumière d'une explosion qui s'est produite avant que la Terre n'existe arrive par chez nous. Tout ce qui était prévu est annulé, on observe cet objet toute la nuit, on fait les réductions, on mesure ce que l'on peut, on fait une page web pour publier ses résultats, il est 2 heures de l'après midi, on va au lit à 3 heures, se relève à 6 heures, on se lave, mange et réobserve toute la nuit. Chance, ce genre d'objet arrive vite hors de portée des petits télescopes et on peut enfin dormir une nuit honnête. Si ca, ca ne vous porte pas à croire à l'astrologie, moi je ne sais plus.... Les astres influencent les humains... enfin, ceux qui se soucient du ciel, les autres, ils courent au travail et regardent la télé... je ne crois pas que les planètes influencent leur libido ou leur loto ou va savoir ce dont ils ont besoin. Pour ce qui est des GRB (gamma ray bursts), il y a plein d'astrophysiciens qui font des modèles sur ce genre de choses. Tous différents (donc tous sauf un peut être, se plantent). Je n'ai pas de modèles, et tout juste des mots pour expliquer ce que j'ai compris ces deux nuits là, et les autres nuits où j'ai observé ces objets, et l'impression que ca m'a laissé.

Le meilleur astronome que j'ai rencontré : Sans hésitation, Gene Shoemaker. Lorsque je l'ai connu à Palomar, Gene, c'était le gars du petit Schmidt qui venait nous chercher du révélateur. Puis j'ai appris qu'il bossait sur les comètes (donc quelqu'un de bien). Puis je me suis rendu compte qu'il ne connaissait pas trop de choses en photographie, alors je lui ai appris quelques choses (l'hypersensibilisation), et il m'a appris quelques choses en retour (100 fois plus d'autres choses, et pas seulement astronomiques). J'avais déjà découvert un astéroïde rapide en France (1983TF2, devenu depuis Ptah), et ma première comète avant que je discute vraiment avec Gene. C'est lui qui m'a appris, je ne m'en étais pas rendu compte, que ces astéroïdes peuvent causer des catastrophes. En discutant, on s'est lié d'amitié, c'était quelqu'un de très sympa, lui et son épouse Carolyn. Puis je suis allé à un meeting sur les astéroïdes (à Tucson en 1988), et le meeting a commencé à parler des programmes d'observations. Et évidemment Gene savait de quoi il parlait. Puis ca a parlé des populations d'astéroïdes. Gene était au top. Puis d'à peu près tous les domaines, et Gene naturellement connaissait à peu près tout, dans tous les domaines. Et en plus c'était un pote. Gene a commencé sa carrière à regarder les photos de la lune prises par les premières sondes spatiales. Et il en a conclu qu'il devait y avoir beaucoup plus d'astéroïdes géocroiseurs que ce que l'on connaissait à l'époque, et pendant 25 ans il a observé le ciel, une semaine par mois, et il a crée l'astrogéologie. Beaucoup de crétins auraient fait de l'astrophysique à la place. Lui il a crée son domaine. Son programme à Palomar s'est conclu en beauté avec la découverte de la comète Shoemaker Levy 9. Alors que d'autres continuent à s'écharder sur la valeur de la constante de Hubble, et ca fait 50 ans et des centaines de millions de dollars que ca dure, lui, avec un tout petit télescope, en payant ses films lui même parce qu'il n'avait pas de budget, et avec beaucoup de travail et d'intelligence, il a démontré que les choses interessantes se passaient à côté de chez nous. Il était aussi (surtout en fait) géologue, et il a exploré pas mal des cratères terrestres. Il a failli aller sur la lune. Mais la NASA l'a choisi pour sélectionner les astronautes. Il a continué pendant des années à faire des expéditions, notamment en Australie pour aller tâter le cratère d'impact de près. Et c'est là qu'il est mort. Dans un accident de la route. Dans un impact dirons certains. J'en garde un souvenir profond. J'ai pleuré autant que pour mon père. Il a eu beaucoup d'étudiants qui sont à leur tour devenus professeurs. Lorsqu'il est décédé, un peu de ces cendres ont été embarqué à bord d'une sonde lunaire, qui après sa mission a été percutée près du pôle sud de la lune. Donc Gene est le seul humain dont une partie du corps est sur un autre astre du Système Solaire. L'année dernière, je suis allé au cinéma voir un film gentillet qui s'appelle les cowboys de l'espace, avec Clint Eastwood, Don Sutherland, Tommy Lee Jones. A la fin, un des héros meurt sur la lune. J'ai repensé à Gene, ca fait drôle quand même de le savoir là haut.

Et pour terminer, en plus gai, mon plus bel OVNI : Ca, ca manque, je n'ai jamais vu d'OVNIs. Pourtant c'est pas faute d'avoir passé des nuits dehors... Dire qu'il y a des débutants aux mains pleines qui n'ont jamais regardé le ciel autrement que pour savoir s'il pleuvait et qui vous voient des soucoupes volantes grandes comme ca... Ô rage, Ô desespoir....

Mon plus beau fou rire à cause d'un OVNI : Au début des années 90, fiesta dans une des villas d'Antibes, avec pour la première fois un de ces #*%§! de m... de projecteurs de DCA. Il y avait des nuages hauts dans le ciel, et ca éclairait au dessus de Grasse. Les gens voyaient donc des lumières éclairer périodiquement les nuages. On était au télescope en train d'observer. Dans ces cas là, les gens téléphonent aux gens qui savent, à savoir à la gendarmerie, au journal local (Nice Matin par exemple), et s'il y a un observatoire, à l'observatoire.

Premier coup de téléphone paniqué : "Vous les avez vus...???".

"Vus quoi ?"

"Ben, les lumières dans le ciel" ?

"Non, mais je vais aller voir..." De Caussols, qui surplombe la côte d'azur, facile de voir les lumières du projecteur de DCA d'Antibes qui balaie les nuages au dessus de Grasse. Je sors, je vois, je rerentre ( adapté de Julius Cesar).

"Monsieur, je viens d'aller regarder, il s'agit de lumières d'un genre de projecteur de DCA qui est à Antibes et qui éclaire les nuages au dessus de Grasse..."

(un peu déçu...). "Vous êtes sûr... ?"

"Oui. Positif".

Raccrochage du téléphone, qui resonne. Même question, même réponse. Resonnerie, même question, même réponse.

2 heures plus tard, comme on dit, le standard continuait à exploser, et nous, on commencait à les avoir menus, menus... C'est pas le tout, on aimerait bosser un peu. On se relayait au téléphone. Je crois qu'il y avait Dominique Albanese et un étudiant, du nom de Philippe Stee....

Philippe au téléphone... Même question... pour la nième fois. On commence à perdre patience...

"Il y a des OVNIS dans le ciel...."

Philippe très sérieux : "Oui, monsieur, nous les avons vus. Pas de problèmes, la situation est en main, nous avons prévenus l'aviation, ils vont intervenir" (sérieux en plus...).

Silence..."Ah bon, y a t'il quelque chose que je peux faire ?"

"Où êtes vous ?"

" A Grasse, je vous téléphone depuis ma voiture..."

(plein de logique...) "Ah, vous êtes dans la Mercedes"

Petit silence... "oui...." (bon, c'était facile, en 90 et quelques, il y avait une bonne probabilité que quelqu'un ayant un téléphone dans une voiture ait une Mercedes....).

"Pas de problèmes, on vous voit avec le télescope, restez là". Raccrochage. Ecroulés dans la salle du télescope, en pensant à la tête du gars. De toute façon, on ne peut pas regarder en dessous de l'horizon avec le télescope, encore moins voir à travers les montagnes et les maisons. Le téléphone a continué jusqu'aux heures où les gens honnêtes ne sortent plus pour faire pisser leurs chiens. On n'aurait pas du, mais c'était juste le stress.... :-)


Epilogue

Je me souviens, adolescent, aller au lit complètement apaisé après une nuit d'observation. Fatigué, mais calme, calme... Revoyant dans ma tête ces magnifiques objets avant de m'endormir. Cette sensation a disparu par la suite, sauf lorsque j'ai pu revoir d'autres objets exceptionellement beaux ou dans des conditions exceptionelles. L'observation du ciel est une drogue, il y a accoutumance et il faut des doses de plus en plus fortes, ce qui coûte de plus en plus cher, et arrive de plus en plus rarement.

C'est avant tout l'état du ciel qui détermine la beauté d'une observation. On observe souvent dans de la crasse atmosphérique, la pollution vient délaver le fond de ciel, la pollution lumineuse fait qu'on y voit comme en plein jour, la turbulence gomme les détails. Derrière celà, c'est ensuite le diamètre qui fixe la quantité de lumière et la qualité de l'optique et son alignement qui détermine la quantité de détails. A partir de 20-30cm on commence à voir des couleurs sur certains objets. Avec un 150cm, ca devient magique. Au delà, il faut bénéficier de conditions exceptionelles. Mais pour la grande majorité des observateurs visuels, observer avec un 150cm ne serait ce qu'une fois est déjà exceptionnel. A 900 fois de grossissement, une étoile étalée à une seconde d'arc par la turbulence apparait comme une tache de 900 secondes d'arc vue à l'oeil nu. Imaginez un ciel où toutes les étoiles ont la taille égale à la moitié de la lune. Voir flou n'est pas interessant. On gagne clairement en contraste, et en visibilité des couleurs, mais pas en netteté.

L'étape ultime ? Observer en visuel derrière NAOS, le système d'optique adaptative du VLT. Ce système est prévu comme une bonette. Si il y a la caméra CONICA en permanence derrière, il serait théoriquement possible de l'enlever et d'y mettre un oculaire. On pourrait alors observer les détails sur les satellites de Jupiter à 8000 fois de grossissement. Le jour où il existera de grands interféromètres multi télescopes (il faut plus de 5 télescopes pour pouvoir voir une image "directe", quoique peignée en tous sens par des franges d'interférences), munis chacun d'un système d'optique adaptative, on pourra faire mieux. Dans l'immédiat, et de façon réaliste, pour l'amateur, les télescopes multimiroirs représentent le futur, et permettront de façon relativement économique d'arriver à des diamètres de l'ordre de quelques mètres. Il faut aussi envisager le fait que ces gros télescopes plus ou moins intransportables ont besoin de sites exceptionnels où l'on vit en permanence. La probabilité d'avoir des images excellentes est d'autant plus élevée que le nombre de nuit que l'on passe dehors. On verra ce que grand père Maury aura à en dire en 2031...

Alain Maury, fin 2002, Chili.