Il faut tout d'abord être en mesure de définir le mot "planète". Or ce mot a évolué avec le temps.
Avant l'invention du télescope, les planètes étaient les 5 "étoiles" qui se déplaçaient dans le ciel par rapport aux étoiles fixes. Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne étaient des planètes.
Au début de la Renaissance, les astronomes réalisent que la Terre est également une planète (c'est pour cela qu'en Astrologie, toutes les planètes sont censées avoir une influence, mais que la Terre, pourtant relativement proche de nous :) n'a aucune influence).
Après l'invention du télescope, Uranus est découverte en 1781 et Neptune en 1840.
A partir de 1801, les astronomes découvrent Cérès, puis Pallas (1802), Junon (1804) et Vesta en 1807. Puis à partir de 1845, Astrea et de plus en plus de ces petites planètes tournant entre Mars et Jupiter. Au début, elles sont considérées comme des planètes, ou les résidus d'une planète qui aurait explosé, puis lorsque leur nombre augmente, à partir de 1845, on les appelle soit "petites planètes" ou "astéroïdes". Leur taille est nettement plus petite que celle des autres planètes et elles partagent toutes l'orbite entre Mars et Jupiter. Au départ, les astronomes repéraient les astéroïdes en observant visuellement avec des télescopes et en cherchant des objets se déplaçant avec le temps, puis ensuite, via la photographie. Avec l'arrivée de la photographie ce sont des milliers d'astéroïdes qui sont découverts. Plus de 300000 sont aujourd'hui numérotés, et plusieurs centaines de milliers d'autres sont connus, mais leur orbite n'est pas encore parfaitement connue. Lorsqu'un astéroïde est découvert, il reçoit une numérotation provisoire, qui contient l'année de la découverte et un numéro séquentiel. Une fois l'orbite bien connue, il reçoit un numéro définitif (1) Cérès, (2) Pallas, (3) Junon, et ainsi de suite. Aujourd'hui, 15 Mars 1012, il y a 322611 astéroïdes numérotés dans le Système Solaire et une base de donnée comprenant plusieurs millions d'observations correspondant à des astéroïdes dont l'orbite n'est pas encore suffisamment connue pour être numérotés.
Pluton est découvert en 1930. Très lointain, petit, il est impossible de mesurer directement son diamètre au télescope. Les astronomes utilisent une méthode indirecte pour l'estimer. Nous pouvons calculer la quantité de lumière solaire arrivant sur Pluton et nous mesurons la quantité reçue sur Terre après réflexion sur Pluton. Plus Pluton est gros, plus il nous apparaît brillant. Mais, problème dans la mesure, si Pluton est blanc, il réfléchit plus de lumière que s'il est noir. En prenant un pouvoir de réflexion moyen, celui mesuré sur les astéroïdes on estime que Pluton a un diamètre de 5000km, celui de Mercure, donc Pluton est une planète. Pluton a bien une orbite inclinée de 17° par rapport aux autres planètes, mais il est plus proche d'une planète que d'un astéroïde au niveau de la taille.
A cette époque, les choses étaient simples, le plus gros astéroïde avait
un diamètre de 850km, et Mercure, la plus petite planète, 5000 km. Donc il
n'y avait même de besoin particulier de définir ce qu'était une planète,
en dehors de "petits objets, astéroïdes" et "gros objets, planètes".
Pluton semblait beaucoup plus proche de Mercure que de Cérès.
En 1975, James Christy de l'observatoire Lowell en Arizona découvre que Pluton a un satellite, Charon, et on déduit la masse de Pluton, et on se rend compte que la lumière que l'on mesurait provenait des deux objets, et que donc Pluton doit être plus petit que ce que l'on pensait. Depuis la Terre, Pluton et Charon sont très proches l'un de l'autre, et l'on ne voit, dans le meilleur des cas, que l'image est légèrement allongée. Avec des techniques plus évoluées et récentes, notamment le télescope spatial Hubble ou encore l'optique adaptative sur les gros télescopes, on peut maintenant voir Pluton et Charon séparés. Dans les années 80, on observe une occultation d'étoile par Pluton. Pluton passe devant une étoile, "l'éclipsant", et la durée de l'éclipse donne une mesure nettement plus précise du diamètre de Pluton, qui est de l'ordre de 2250km. Juste entre les diamètres du plus gros astéroïde et de la plus petite planète. Mais Pluton reste encore plus gros que le plus gros des astéroïdes, et Pluton reste une planète.
En 1992, les astronomes découvrent d'autres astéroïdes au delà de
Neptune. Aujourd'hui ce sont plus de 1000 astéroïdes transneptuniens qui
ont été détectés. Dont un qui paraît plus grand que Pluton, et plusieurs
de taille presque similaire. On découvre donc une seconde ceinture
d'astéroïdes dans le système solaire, ceinture dont Pluton fait partie.

Sur cette image, générée avec le logiciel PRISM, on voit la ceinture des astéroïdes transneptuniens, et au centre, la ceinture principale. On comprend que dans le système solaire, les planètes se sont formées par la collision d'astéroïdes. Là où il y a des planètes, il n'y a plus d'astéroïdes sur des orbites libres (on peut avoir comme dans le cas de Jupiter et Neptune des astéroïdes dont l'orbite est soumise à l'influence de ces planètes), et là où il y a des astéroïdes, il n'y a pas de planètes, les deux s'excluant. Dans la zone interne du système solaire, la ceinture principale n'a pas pu se transformer en planète à cause de la présence de Jupiter. Elle ne contient plus que quelques pourcents de la masse originale. Les astéroïdes qui croisent l'intérieur du Système Solaire sont sur des orbites instables. Dans les millions d'années qui viennent ils seront soit éjectés du système solaire par Jupiter, rentreront en collision avec le soleil, ou les planètes internes.

En 2000, le nombre d'astéroïdes découverts approche les 10000, il est
maintenant clair qu'il existe une ceinture d'astéroïdes au delà de
Neptune, et Brian Marsden propose de donner à l'astéroïde Pluton le numéro
10000. Tollé général de la part du public américain qui s'insurge contre
cette "dégradation" injustifiée de Pluton. L'Union Astronomique
Internationale est même à l'époque obligée de faire un communiqué de
presse expliquant qu'il est hors de question de dégrader" Pluton au simple
niveau d'astéroïde. A cette époque, il est évident pour la plupart des
astronomes travaillant sur les petits corps du Système Solaire que Pluton
n'est pas une planète, mais le plus gros représentant d'une nouvelle
partie du système solaire.
En 2003, l'astronome américain Michael Brown découvre un relativement
gros astéroïde transneptunien d'un diamètre estimé de 1200km. A la place
de suivre la procédure habituelle pour annoncer la découverte d'un
astéroïde, qui est d'envoyer ses mesures au centre des petites planètes
(MPC), il organise une conférence de presse, annonce qu'il a découvert cet
objet, qu'il baptise Quaoar. La procédure normale, acceptée par tous les
astronomes, est d'envoyer ses mesures au MPC, celui ci attribue un numéro
provisoire, du style 2002VB92. Ensuite avec des nouvelles observations, et
généralement plusieurs années plus tard, lorsque l'orbite est connue avec
suffisamment de précision, l'astéroïde reçoit un numéro définitif, et le
découvreur peut suggérer un nom pour sa découverte au comité de
nomenclature des petits objets du système solaire de l'Union Astronomique
Internationale. Là, tout est fait à l'envers. Même scénario pour la
découverte par Brown et ses collaborateurs de l'astéroïde Sedna. Ce même
groupe californien, découvre depuis l'observatoire du Mont Palomar, en
2005 plusieurs très gros astéroïdes, dont il garde l'existence secrète, de
façon à pouvoir obtenir des observations complémentaires, avec d'autres
télescopes. Ce faisant il prend sciemment le risque qu'une autre personne
découvre indépendamment ces astéroïdes mais peut pendant ce temps obtenir
du temps d'observation sur d'autres télescopes pour étudier l'objet en
plus grand détail, mesurer sa courbe de lumière (si la lumière renvoyée
par l'astéroïde est fixe où si elle varie périodiquement avec le temps),
découvrir le cas échéant d'éventuels satellites, ce qui permet de mesurer
la masse de l'objet, etc... Brown présente ses observations à une réunion
de la Division of Planetary Sciences (DPS) de l'American Astronomical
Society (AAS). Le programme de la conférence possède un résumé (abstract)
des présentations, celle de Brown parle de "la découverte d'un objet de
taille planétaire". Faut pas mollir (il ne parle pas de son ego, juste de
la taille de sa découverte).
Dans les abstracts de la conférence, cet objet est référencé par un
numéro de code interne (K40506A). Un astronome
espagnol a découvert de manière complètement indépendante un des
objets découverts par l'équipe de Brown. Un étudiant de cet astronome
recherche sur Google le nom de code interne et trouve dans le listing des
observations d'un télescope américain situé au Chili le code de ce"nouvel
objet de taille planétaire". Dans de nombreux observatoires, l'ancien
"cahier de coupole" qui liste toutes les observations faites avec le
télescope se retrouvent aujourd'hui sous forme de page web, avec les
coordonnées pointées par le télescope (ce n'est pas la position précise de
l'astéroïde, seulement l'endroit où pointait le télescope). Les
coordonnées (l'équivalent des longitudes et latitudes de l'objet dans le
ciel) correspondent approximativement. Reiner Stoss, un astronome amateur
allemand, spécialiste des calculs d'orbites va utiliser les positions
précises mesurées par l'équipe d'Ortiz pour rechercher des images plus
anciennes de cet objet, notamment sur les images de la survey de Palomar,
et retrouver des observations datant de 1955, ce qui permet de bien
affiner l'orbite, travail que l'équipe de Brown ne fera pas. Sans être sûr
à 100% qu'il s'agit de l'objet "de taille planétaire" de Brown, José
Ortega envoie ses mesures au MPC, qui rend public ses observations, et
Ortega devient donc le découvreur officiel de 2003 EL61, au grand dam de
Brown. Les règles sont les règles, elles
sont relativement simples, même un docteur en astronomie de Caltech
peut les comprendre. Celui ci proteste, accuse l'équipe de Ortega de
piratage informatique, et suit pour une fois la procédure officielle,
envoie ses mesures au MPC, qui annonce la découverte de 2005FY9 et
2003UB313, 2 autres astéroïdes transneptuniens de grande taille que Brown
gardait sous le coude. 2003UB313 est un astéroïde qui s'avère plus gros
que Pluton. Le diamètre dépend, comme pour Pluton de l'albédo de l'objet,
qui est difficile à mesurer. Plusieurs mesures différentes sont publiées,
mais il semble à l'époque que 2003UB313 soit plus grand que Pluton,
tournant sur une orbite bien plus lointaine dans le système solaire et
surtout bien plus inclinée. Brown rédige assez rapidement une page web
expliquant la découverte de la "dixième planète", organisant évidemment...
une conférence de presse. L'information est reprise par toute la presse
internationale, mais n'a aucune valeur officielle, l'Union Astronomique
Internationale (UAI) ne se prononçant pas. Plus tard, le comité de
nomenclature des petits corps du Système Solaire oubliera un de ses règles
les plus fondamentales, à savoir que le découvreur d'un objet peut
proposer le nom de l'astéroïde en nommant 2003EL61 Haumea, à la place de
Ataecina qui est le nom proposé par l'équipe d'Ortiz. Politique,
politique... Il est par ailleurs assez cocasse d'avoir pu lire sur les
pages web de Michael Brown des phrases comme ""it is quite clear that
Pluto should certainly not be put in the same category as the other
planets" (il est clair que Pluton ne doit pas être placé dans la même
catégorie que les autres planètes") ou encore "There is no good scientific
way to keep Pluto a planet without doing serious disservice to the
remainder of the solar system" (il n'y a pas de bonne manière scientifique
de garder Pluton comme planète sans commettre un mauvais service au reste
du système solaire"), puis de voir à quelle vitesse ces phrases sont
oubliées et remplacées par "j'ai découvert la dizième planète...". Mike
Brown passe apparemment beaucoup de temps à soigner son image publique, et
écrit beaucoup de pages web, y compris une où l'on peut lire ce petit
bijou parlant des découvertes en astronomie "What they don't do is
make discoveries and immediately hold press conferences to announce them".
Venant de lui c'est assez amusant. 2003UB313 sera nommé Eris, le
dieu de la discorde chez les grecs. L'UAI aurait pu être plus généreuse en
nommant l'astéroïde Goofy de façon à honorer le découvreur.
Août 2006, l'Union Astronomique Internationale tient son assemblée
générale à Prague. Auparavant, elle réunit un groupe d'experts de façon à
proposer une définition du mot planète, permettant de savoir si Pluton est
une planète ou pas, si 2003UB313 est la dixième planète du système
solaire, ou le plus gros astéroïde du système solaire. Après quelques
jours de travail, le groupe arrive à un consensus, définissant comme
planète tout objet céleste tournant autour du soleil, et ayant une forme
sphérique, donc avec une gravité suffisante pour que l'objet soit
circulaire. Notons au passage que le groupe est constitué de 6 personnes,
3 américains, 1 anglais, un français et un japonais. 4 anglo saxons dans
le groupe, c'est beaucoup. Notons également que l'UAI reçoit ses fonds en
proportion du nombre d'astronomes de chaque pays, et donc reçoit un tiers
de ses subsides des Etats-Unis.
Si l'on regarde la distribution des masses des différents objets du système solaire, en fonction de leur inclinaison, on voit qu'il existe deux groupes d'objets bien visibles, d'une part les planètes, et d'autre part les astéroïdes. Il faut prendre en compte que l'échelle des masses dans ce diagramme est logarithmique, donc que le changement d'une unité implique un facteur 10 en masse. Pluton est 455 fois moins massive que la Terre.

Garder Pluton dans les planètes implique de mettre une limite arbitraire dans la gauche du diagramme. L'autre solution, retenue par les experts consiste à trouver une définition scientifiquement recevable, comme par exemple le fait que tout corps devenu sphérique sous son propre poids est une planète. C'est cette définition, qui obtient le consensus du groupe d'expert qui est retenu et qui est présenté dans les premiers jours de l'assemblée générale de l'UAI
L'idée est simple. Elle pourrait être résumée en disant que plus un objet est massif, plus ses montagnes sont petites. Sur Terre, 12000 et quelques km de diamètre, les plus hautes montagnes possibles ont moins de 10km d'altitude. Une montagne plus grosse s'écroulerait sous son propre poids, et reviendrait en dessous de cette limite. Un peu de la même façon, il est impossible sur Terre de faire un tas de sable très pointu, il revient seul à un angle donné, qui dépend de la masse de la Terre. Sur la lune, il serait faisable de faire des tas de sables très pointus. Sur Mars, 6000km de diamètre, en gros la moitié de la Terre, le plus grand volcan a 25km de diamètre. Sur la Lune, il n'y a pas de processus permettant de créer de très hautes montagnes, mais si tel était le cas, la Lune pourrait vraisemblablement avoir des montages de 50km de haut. Dans le système solaire, de nombreux astéroïdes ont des formes très allongées. On peut imaginer un astéroïde de 10x40km de dimension comme un astéroïde circulaire de 10km de diamètre, avec deux montagnes de 15km de hauteur de part et d'autre. Au fur et à mesure que l'on regarde des astéroïdes de taille croissante, ils deviennent de plus en plus sphériques.
La définition d'une planète sur la seule base de sa "sphéricité" possède deux problèmes majeurs. Il est impossible, sauf à envoyer une sonde spatiale en orbite autour de l'objet, de mesurer précisément d'une part sa taille, et d'autre part sa forme. La probabilité qu'un objet passe devant une étoile (occultation de l'étoile) est très très faible, et il faudra certainement attendre des millénaires pour avoir une mesure à peu près correcte du diamètre de la plupart de ces objets. Cette définition permet certes de garder Pluton comme planète, de reconnaître Eris (alias 2003 UB313) comme planète également, mais aussi une bonne douzaine d'autres astéroïdes, dont Cérès, qui avait justement été nommée comme planète lors de sa découverte en 1801, puis nommée astéroïde vers 1850. Le problème est que cette définition crée une zone floue contenant des dizaines d'astéroïdes dont il serait parfaitement impossible de décider de l'appartenance à un groupe ou l'autre. Dans la ceinture principale, Cérès deviendrait planète, mais on ne pourrait rien dire concernant Vesta, Pallas ou encore Hygiea. Dans la ceinture transneptunienne, des dizaines d'objets, difficiles à mesurer précisément seraient également dans cette zone floue. Au delà, nul ne sait combien d'astéroïdes sont encore à découvrir. Il n'y a pas de séparation simple entre les astéroïdes et ce que de façon politiquement correcte (mais scientifiquement imprécise) les résolutions de l'UAI appellent des "planètes naines". Faute de planète naine, il aurait fallu parler d'astéroïdes géants, cela aurait été beaucoup plus précis. Par ailleurs, il est établi que 2003EL61 est très allongé, malgré son gros diamètre. Donc finalement, dans la mesure où il est impossible de mesurer précisément la taille d'astéroïdes lointains, et encore plus difficile d'avoir une idée de la sphéricité d'un objet, cette mesure était impraticable, à moins de donner la priorité à l'idée que Pluton est absolument une planète, et laisser un très grand flou sur la nature de plusieurs dizaines d'autres corps, sans compter les éventuelles découvertes à venir.
Une page récente de Mike Brown donne une idée du foutoir lié à cette notion idiote de planète naine sphérique. On y voit les astéroïdes qui sont certainement planètes naines, celles qui le sont peut être, celles qui ne le sont pas, et on comprend qu'au niveau nomenclature scientifique on a fait nettement mieux dans pas mal d'autres domaines que cette erreur grossière des planétologues...
On y lit que (à la date de l'écriture de cette page), il y avait :
8 objects which are nearly certainly dwarf planets, (qui sont
certainement des planètes naines)
31 objects which are highly likely to be dwarf planets, (qui soit
très probablement des planètes naines)
59 objects which are likely to be dwarf planets, (qui sont
probablement des planètes naines)
101 objects which are probably dwarf planets, (qui sont peut être
des planètes naines)
390 objects which are possibly dwarf planets. (qui sont possiblement
des planètes naines).
Un autre problème avec cette nomination de planète naine est qu'a priori,
d'après l'UAI une planète naine n'est pas une planète, alors que cette
même UAI reconnaît qu'une étoile naine est une étoile, et qu'une galaxie
naine est une galaxie (et sans parler du fait qu'il semble bien qu'en
dehors de l'UAI une personne naine soit une personne)....
Donc c'est finalement une autre contre-proposition qui est acceptée par la majorité des astronomes présents à Prague, définissant une planète comme un objet qui a "nettoyé" sa zone d'influence. Le problème est que cette définition est assez vague et mal formulée, et peut être mal interprétée par ceux qui le souhaitent. On peut par exemple utiliser cette définition pour démontrer que Jupiter n'est pas une planète, à cause de l'existence des astéroïdes troyens de part et d'autres de Jupiter.
Le tableau suivant donnant le pourcentage de masse représenté par un objet donné, en incluant ses satellites, dans sa zone du Système Solaire est pourtant assez simple (table compilée par Nicolas Biver):
| Nom |
Pourcentage de la masse dans la zone de l'objet |
Type d'objet |
| Mercure | 100% | Planète |
| Vénus | 100% | Planète |
| Terre | 98.78% | Planète |
| Mars | 100% | Planète |
| Céres | 30% | Astéroïde |
| Vesta | 9% | Astéroïde |
| Jupiter | 99.97% | Planète |
| Saturne | 99.98% | Planète |
| Uranus | 99.99% | Planète |
| Neptune | 99.98% | Planète |
| Pluton | 2.2% | Astéroïde |
| Eris |
2.5% | Astéroïde |
| Haumea |
0.7% | Astéroïde |
| Makemake |
0.8% | Astéroïde |
Je pense qu'il faut avoir le courage d'appeler un chat un chat, même si on a faussement cru pendant 70 ans avoir à faire à un tigre. Pluton n'est pas une planète.
Les résolutions, en français, de l'UAI sur les planètes se trouvent ici.
Elle définit une planète comme un corps céleste qui est :
a) en orbite autour du soleil
b) a une masse suffisante pour que sa gravité l'emporte sur les forces de cohésion du corps solide et le maintienne en équilibre hydrostatique, sous une forme presque sphérique.
c) a éliminé tout corps susceptible de se déplacer sur une orbite proche
Si le point a) est clair, le point b explique pourquoi la résolution contraire (une planète = un objet sphérique) serait arrivé à une grande confusion, parce qu'il y a énormément d'objets qui sont "presque sphérique". On voit que la condition c est très mal formulée.
En effet Jupiter possède de part et d'autres, à 60° de part et d'autre de sa position des astéroïdes dits troyens en grande quantité. Il existe dans le système solaire interne un grand nombre d'astéroïdes géocroiseurs. La définition correcte aurait du être : "Représente de loin la masse principale dans sa zone". Ou "Domine la dynamique de sa région du système solaire".
Les réactions du public s'estompent vite, et montrent à quel point les médias généraux sont ignares. Sur CNN on interviewe une astrologue expliquant que la décision de l'UAI ne change pas la validité de leurs prédictions, ce en quoi la brave dame a entièrement raison, elles étaient débiles avant, et le restent après. Par contre la publicité faite autour de la première proposition est traduite par le fait que "les astronomes viennent de découvrir de nouvelles planètes dans le Système Solaire", ce qui est faux, puisque ces découvertes remontent à 2003. On imagine la confusion si cette première proposition avait été acceptée et si la liste des planètes du Système Solaire était passée de 9 à 20 ou 50....
L'ego de Michael Brown souffre, et il rédige un requiem pour 2003UBU313. On peut imaginer que s'il n'avait pas été si prompt à organiser sa publicité le status quo des années 90 aurait pu se maintenir encore pendant un certain temps. Feindre ne s'être jamais rendu compte qu'il était probable que 2003UB313 ne soit pas la dixième planète est un peu surprenant de la part d'une personne qui comme tout astronome comprend la nouvelle définition. En règle générale, aux Etats Unis, la nouvelle est perçue comme une condamnation à mort injustifiée de Pluton alors qu'il s'agit seulement de placer Pluton dans la bonne catégorie. Peut être le fait que Pluton soit la seule "planète" découverte depuis les USA explique la forte réaction américaine, mais en regardant précisément les différents éléments, on réalise qu'il n'était pas possible de faire autrement.
Le 7 Septembre 2006, le Minor Planet Center met à jour ses fichiers,
comme tous les mois, et apparaissent les dénominations suivantes :
(134340) Pluton,
(136199) 2003UB313, (136108) 2003EL61 et (136472) 2005FY9. Une explication
est publiée dans la notice éditoriale :
http://cfa-www.harvard.edu/mpec/K06/K06R19.html . Ainsi faute d'avoir pu
être nommé astéroïde 10000, qui était un numéro facile à retenir, Pluton
hérite donc d'un numéro quelconque. 136199 deviendra Eris, du nom de
la déesse de la discorde. Nom est bien choisi, vu l'aptitude du
découvreur à la semer. 136472 deviendra Makemake, et 136108 deviendra
injustement Haumea, alors qu'il aurait du s'appeler Ataecina.
Histoire close, pour l'instant. Il est peu probable que l'UAI revienne
sur sa mauvaise décision, celle de créer une sous classe non existante,
impossible à définir, de "planète naine qui ne sont pas des planètes".
Alain Maury - 15 Mars 2012