A la recherche des astéroïdes
géocroiseurs…
Alain Maury
Retour amusant de l’histoire
des sciences : La retombée principale de l’exploration in situ des
planètes, le plus haut niveau de technologie atteint par notre espèce
donne l’explication toute simple d’un grand nombre de nos légendes
et croyances ancestrales : Le ciel nous est déjà, et peut encore,
nous tomber sur la tête.
Histoires...
- La découverte du premier
astéroïde par Piazzi le premier jour du dix neuvième siècle
est un événement d'importance dans l'histoire de l'astronomie.
Le fait que Gauss invente sa méthode de façon à pouvoir
suivre Céres place cette découverte au premier plan de l'astronomie
observationelle comme théorique du moment. Quelques autres astéroïdes
suivront quasi immédiatement, puis plus aucun pendant une trentaine
d'années, d'une part par manque de cartes de champ de bonne qualité,
d'autre part parce que Olbers, professionnel respecté, ayant cherché
et n'ayant pas trouvé de nouveaux objets déclare qu'il ne doit
plus y en avoir à trouver, et que tout le monde l'écoute. Il
faudra attendre 1845 pour que K. Hencke, un amateur, trouve Astrea, et relance
la recherche d'astéroïdes.
Celle ci restera encore visuelle
jusqu'à pratiquement la fin du siècle. Le dernier astéroïde
découvert visuellement est 1073 Gellivara découvert par J. Palisa
le 14 Septembre 1923.
- Dans le milieu des années
1870, Mr Chacornac, astronome à l'observatoire de Paris entreprend
la réalisation d’une série de 12 cartes de l'écliptique
de façon à pouvoir détecter plus facilement les astéroïdes.
Il décède avant de finir son oeuvre. Il reste 2 cartes pour
compléter son oeuvre, qui est confiée aux frères Henry.
Les deux cartes concernent les régions denses de la voie lactée,
Scorpion et Sagittaire, et ceux ci réalisent vite que le travail est
irréalisable. Bons opticiens, et au fait des progrès de la photographie
astronomique, ceux ci taillent en 1881 un objectif photographique dont l'histoire
nous dit qu'il mesure 16cm de diamètre et 2700mm de focale, optimisé
pour les rayons "photographiques", c'est à dire pour le bleu. Cet objectif,
installé sur un des équatoriaux de Meudon, permet de réaliser
des poses qui montrent des images aussi faibles que celles visibles à
l'œil nu, mais qu'il est faisable de mesurer et remesurer à loisir
avec une bonne précision. Le directeur de l’ Observatoire de Paris
d'alors, l'amiral Mouchez réalise alors qu'il est possible de réaliser
un atlas photographique du ciel. Le projet de la « carte du ciel »
est né, colossal pour l’époque, et avec lui, l'enterrement de
l'astrophysique française qui ne s'en relèvera qu'après
les années 1960.
- Cette première partie
du vingtième siècle marque une perte d'intérêt
progressif pour l'observation des astéroïdes. Au niveau théorique,
l'essentiel est fait en 1912 par l'astronome japonais Hirayama et le portrait
de la ceinture principal qui en découle ne changera pas de façon
substantielle avant les années 1970. On imagine que cette ceinture
est le résultat de la fracture d'une ou plusieurs planètes situées
entre Mars et Jupiter aux débuts de l’histoire du Système Solaire.
Ce ne sont pas la petite dizaine d'astéroïdes géocroiseurs
découverts au hasard des observations, où le passage d'Hermès
à moins de deux fois la distance Terre Lune en Octobre 1937 qui vont
relancer l'intérêt pour ce domaine, qui, l'essor de l'astrophysique
aidant, va aller progressivement en se "ringardisant", les astéroïdes
étant appelés par les astrophysiciens les "vermines du ciel".
Il est vrai que sur image prise par exemple par le télescope de Schmidt
du Mont Palomar dans les années 1950, on peut détecter jusqu'à
une centaine de traces laissées par des astéroïdes encore
inconnus sur une seule plaque. Il faut de l’ordre d’une après midi
de labeur pour mesurer et réduire en coordonnées astronomiques
une seule de ces traces. Le calcul se fait à la main, ou avec l’aide
d’une calculatrice, c'est à dire une employée de l'observatoire,
qui, à l’aide d’une règle à calcul et d’une table de
logarithmes réalisera les calculs nécessaires pour les soins
de l'astronome.
Les géologues de Caltech.
Les années 60 voient le
début de l'ère spatiale, l'exploration de la lune, au départ
par des engins automatiques, puis par des humains. Le survol des planètes
telluriques apporte un bouleversement énorme dans notre connaissance
des planètes, basée auparavant uniquement sur l'observation
visuelle et photographique depuis le sol. La NASA américaine joue un
rôle prépondérant dans cette aventure, et notamment le
Jet Propulsion Laboratory à Pasadena, géré par le California
Institute of Technology, qui gère également le prestigieux observatoire
du Mont Palomar. Contrairement aux agences spatiales européennes qui
n'intègrent pas la composante scientifique des engins qu'elles envoient
dans l'espace, la NASA, dès ses débuts, embauche des géologues
pour interpréter les milliers de clichés obtenus par les différentes
sondes. Alors qu'auparavant, la lune était le seul corps du Système
Solaire qui montrait des cratères, sans que la majorité des
astronomes soit convaincus de leur origine catastrophique, il apparaît
très rapidement que le cratère d'impact est la structure géologique
la plus fréquente du Système Solaire. On peut très facilement
les compter, mesurer leur diamètre, leur profondeur, dériver
également une courbe donnant le nombre de cratères en fonction
de la taille en fonction du terrain étudié. On peut un peu plus
difficilement tenter une datation, avec l'idée qu'un cratère
ancien sera érodé et marqué par beaucoup de cratères
plus récents alors qu'un cratère très récent sera
pratiquement non affecté. L'idée reçue de l'époque
est que les cratères ont été formés au tout début
du Système Solaire, lors de sa formation. Très rapidement, les
petits corps croisant les planètes ont du tomber sur celles ci, "nettoyant"
le Système Solaire. On s'aperçoit très vite que cette
idée reçue est fausse et que si la fréquence des impacts
a énormément diminué depuis l'époque du grand
bombardement, les planètes ont subi un flux non nul et, en première
approximation, quasi-constant depuis cette époque. Ce flux, mesuré
par exemple par le nombre de cratères d'impacts sur les mers lunaires
(qui sont des terrains d’origine postérieure au grand bombardement
primordial) implique un nombre d'astéroïdes géocroiseurs
beaucoup plus important que la petite trentaine connue alors et en conséquence,
une fréquence d’impact beaucoup plus élevée que ce que
l’on pouvait imaginer à l’époque. Il est frappant de noter que
sur cette trentaine, pratiquement une bonne moitié correspond à
des objets vus très furtivement, puis perdus ensuite. C'est donc logiquement
au directeur de l'observatoire du Mont Palomar que Eugene Shoemaker va s'adresser
de façon à tenter de résoudre cette énigme. A
partir de 1972, celui ci, épaulé par Eleanor Helin, tous deux
au départ ignorants de ce qu'est un télescope, vont commencer
à observer le ciel avec le petit télescope de Schmidt de 45cm
du Mont Palomar de façon à trouver ces astéroïdes
qui « manquent à l'appel ». Utilisant une technique peu
efficace au départ, nos deux géologues, qui ensuite vont se
séparer et créer chacun leur programme d'observation sur le
même télescope, utilisant de temps à autres le grand Schmidt
de Palomar, vont progresser, et découvrir de plus en plus d'astéroïdes
géocroiseurs et de comètes.
Leurs succès aidant, un
certain nombre d’observateurs planétologues vont comprendre qu’il y
a là du nouveau. Tom Gehrels, un observateur chevronné qui a
fait l’essentiel de sa carrière dans le domaine de la polarimétrie
des planètes (notamment comme responsable (P.I.) du polarimètre
imageur à bord des sondes Pionneer qui furent les premières
à renvoyer des images de Jupiter) envisage très tôt un
télescope muni d’un de ces tous nouveaux détecteurs CCD. Spacewatch
verra le jour en 1983, avec le plus vieux télescope installé
à Kitt Peak et au départ un CCD trop petit pour pouvoir découvrir
quoique ce soit de substantiel. En 1989, la révolution arrive sous
la forme d’un CCD Tektronix de grande taille. Il s’agit d’un des 3 trois premiers
CCD de 4 millions de pixels que cette firme arrive à fabriquer (un
autre ira pour le télescope de 4m de Kitt Peak, et un autre sera acheté
par un amateur fortuné, dentiste de son état). Très rapidement,
Spacewatch dépasse tout ce qui se fait à l’époque, et
ce encore plus quand le CCD de première génération est
remplacé en 1991 par un modèle aminci, beaucoup plus sensible.
La station de travail de l’époque est un modèle quadriprocesseur
qui permet de réaliser une détection automatique des astéroïdes
découverts sur 3 scans successifs de la même région du
ciel. Le système détecte instantanément les traces allongées
sur l’écran, que l’observateur confirme ou infirme. L’observateur peut
aussi marquer des objets très faibles vus à l’œil mais non détectés
par le logiciel. Avec sa plus grande sensibilité (typiquement les scans
de Spacewatch arrivent à détecter sur des poses de 2 minutes
des astéroïdes de magnitude 21 alors que les programmes photographiques
de l’époque plafonnent à la magnitude 17 en 10 minutes de pose),
Spacewatch est le premier programme a détecter des objets de petite
taille à très courte distance de la Terre.
Eugene Shoemaker
Eugene Shoemaker, à la fois géologue et astronome, est le père
fondateur de la science moderne concernant les cratères d'impact. Il
passe sa thèse en étudiant le Meteor Crater d’Arizona et son premier
travail l'a amené à travailler sur les cratères laissés
par les explosions nucléaires. Il continue en explorant de nombreux cratères
terrestres, dont le cratère de la Ries en Allemagne. Il participe aux
missions spatiales comme spécialiste, pense qu'il pourra faire partie
du contingent des astronautes d'Apollo, mais, déception, est nommé
au comité de sélection de ceux ci. Il s'occupera de leur formation
en géologie des cratères d'impacts, notamment dans le Meteor Crater
qu'il connaît si bien. Harrison Schmidt, astronaute sur Apollo 17 et seul
géologue des astronautes d'Apollo est un de ses élèves.
Il commence son programme d’observation (une semaine par mois sauf en été
où il se rend en Australie pour étudier les cratères d’impacts
sur le terrain) en 1973, et le termine avec la découverte de la comète
Shoemaker Levy 9. Il décède dans un accident de la route en Australie
en 1998. La sone spatiale lunar prospector, contenant quelques unes de ses cendres
crée un cratère d’impact près du pôle sud de la lune
en 1998. Eleanor Helin
a passé l’essentiel de sa vie à rechercher des astéroïdes
géocroiseurs, principalement à Palomar. Elle termine son programme
d’observation à Palomar le mois avant la découverte de la comète
Hale Bopp. Elle a énormément contribué à lancer
les recherches d’astéroïdes géocroiseurs au niveau international.
Depuis elle anime le groupe NEAT qui observe en mode automatique depuis un des
télescopes de l’armée américaine à Hawaii. Ce groupe
prépare une collaboration avec l’université de Yale pour la construction
d’une grande caméra CCD qui équipera le grand télescope
de Schmidt de Palomar, celui ci étant alors dévoué pour
50% à la recherche de quasars, et 50% à la recherche d’astéroïdes
proches (les objets les plus lointains de l’univers et les plus proches).
Tom Gehrels est un astronome
américain, d’origine hollandaise. Il s’est intéressé à
la planétologie via la polarisation. Responsable du spectropolarimètre
à bord des sondes Pionner, il s’oriente ensuite vers la recherche des
astéroïdes géocroiseurs à l’observatoire de Kitt Peak.
Convaincu très tôt de l’intérêt des CCDs pour la recherche
automatique de ces corps, il fonde le programme Spacewatch en 1983. Dès
que des CCDs de taille suffisante sont disponibles, ce programme révolutionnera
la recherche des petits corps.
Politiquement, la situation évolue aussi.
Au début des années 90, plusieurs meetings sur les astéroïdes
géocroiseurs et le danger potentiel qu’ils représentent sont organisés
aux Etats Unis et en Europe. A la demande du congrés américain,
La NASA forme un groupe de travail, qui rend un rapport sur les problèmes
posés par la détection des astéroïdes géocroiseurs.
Ce rapport s’appelle le rapport Spaceguard d’après le nom d’un tel programme
dans une nouvelle de A.C. Clarke. Un deuxième groupe de travail, composé
essentiellement de personnes du « complexe militaro industriel »
rendra un rapport sur les techniques d’interception et de déviation des
astéroïdes (ce que les anglosaxons appellent la « mitigation
»). L’Union Astronomique Internationale crée un groupe de travail
sur les astéroïdes géocroiseurs. Le conseil de l’Europe,
en 1996 passe une résolution sur la détection des astéroïdes
potentiellement dangereux pour l’humanité, non suivie d’effets. Le budget
attribué par la NASA aux programmes de détection passe progressivement
à un puis trois millions de dollars annuels (contre toujours 0 pour l’Europe).
Bien que l’Australie cesse le programme d’observation mené en utilisant
les plaques prises pour d’autres programmes au télescope de Schmidt anglo
australien, et que la collaboration entre le DLR (agence spatiale allemande)
et l’OCA (Observatoire de la Côtee d’Azur) menée sur le télescope
de Schmidt de l’observatoire de la Côte d’Azur est arrêtée
en 1999, la Chine est actuellement en train de construire un nouveau télescope
de 1m de diamètre, le Japon vient de mettre en service à la fois
un télescope de 50cm à grand champ et un télescope de un
mètre muni d’une caméra de 64 millions de pixels. Le grand télescope
de Schmidt du Mont Palomar, qui vient de terminer sa seconde survey du ciel
boréal, devrait prochainement reprendre du service avec une caméra
à 5 grands CCD. Un nouveau télescope de 1.80 mètres va
également entrer en fonctionnement à Kitt Peak dans le cadre du
programme Spacewatch. Son miroir avait dans les années 70 été
confié à Tom Gehrels, mais qui n’avait pu trouver le financement
pour le télescope. Le miroir a été utilisé pendant
de nombreuses années au MMT, et est revenu à Spacewatch lorsque
le MMT a été récemment muni d’un miroir monolithique.
L’armée américaineDans
les années 1970, l’armée américaine (pour être précis
l’US Air Force) avait mis au point un réseau de satellites dont la fonction
première était la vérification du respect de l’interdiction
des explosions atomiques dans l’atmosphère. Plus tard, ce réseau
s’est densifié et a évolué vers un système permettant
la détection de tout objet « chaud » volant dans l’atmosphère
(des avions à réaction aux scuds de la guerre du golfe). Ce système
détecte très tôt après sa mise en service des explosions
très fortes liées à l’arrivée brutale d’objets de
taille intermédiaire entre les étoiles filantes et les petits
astéroïdes. Ces explosions arrivent assez fréquemment, et
passent généralement inapercues depuis le sol (qui n’est peuplé
qu’à environ 3%, et souvent sous les nuages par ailleurs). En Janvier
2000 par exemple, un tel objet a explosé au dessus du territoire du Yukon,
générant l’équivalent d’une explosion de quelques tonnes
de TNT (un cinquième de l’explosion d’Hiroshima). Ce sont plusieurs explosions
similaires qui sont enregistrées chaque année. Dans les années
80, les militaires américains contactent discrètement Eugene Shoemaker
pour lui demander s’il serait possible que les explosions en question soient
liées à l’arrivée d’objets d’origine météoritique.
Une des premières explosions de ce type enregistrée au large de
l’Afrique du Sud est à l’époque à l’origine de rumeurs
de développement d’une bombe atomique entre Afrique du Sud et Israel.
Sensibilisés à ce problème, et au fait de leur puissance
après l’ère Reagan, plusieurs personnes dans la mouvance militariste
participeront à des meetings sur les astéroïdes géocroiseurs,
et non des moindres Edward Teller (inventeur de la bombe H, fondateur du Lawrence
Livermore Laboratory, il a réussi à convaincre le président
Reagan de la faisabilité du programme Star Wars). Il est alors stupéfiant,
alors que Gene Shoemaker paie encore de ses deniers personnels les films qu’il
utilise sur l’antique télescope de 45cm de Palomar de voir les militaires
du programme de la guerre des étoiles présenter des programmes
pharaoniques permettant de protéger l’humanité de ces astéroïdes
qui finalement « tombent bien ». Satellites permettant la détection
temps réel, d’autres avec des systèmes d’armes permettant l’interception,
toute la panoplie star wars est présente. Sauf que les statistiques indiquent
qu’il est plus que probable que rien ne se passera à notre époque
et qu’il n’y aura pas de « guerre des astéroïdes ».
Il faut faire l’inventaire des objets qui passent près de chez nous,
tout en sachant qu’il est plus que probable que nous pouvons regarder le futur,
au moins du côté du ciel de façon sereine. Tant qu’aucun
objet dangereux n’est détecté, et ce plusieurs dizaines d’années
à l’avance, il est plus que prématuré de placer en orbite
des systèmes d’armes. Les militaires américains le réalisent
assez tôt. Un des aspects positifs de la prise de conscience par les militaires
américains que des astéroïdes peuvent tomber sur Terre est
qu’une explosion au sol, quelque soit sa nature, pourvu qu’elle soit assez importante,
génère ce que l’on appelle aujourd’hui un « champignon atomique
». Un astéroïde heurtant la Terre générer exactement
le même type de nuage, mais non radioactif, tout comme si on avait fait
simultanément exploser plusieurs milliers de tonnes de TNT en un seul
endroit. Comment expliquer au public ou à des militaires moins informés
puisque non sensibilisés qu’il s’agit là d’un phénomène
naturel ?. Ceci n’est pas qu’une vue de l’esprit. On pense notamment aux conséquences
malheureuses que pourrait avoir la chute d’un astéroïde sur un pays
en quasi état de guerre, possédant l’arme atomique, ou dont les
voisins possèdent l’arme atomique (Corée, Inde, Israël… ).
On pense savoir que l’armée américaine a maintenant les moyens
de différencier une explosion atomique de la chute d’un petit astéroïde.
La rumeur dit que le président et le vice président américain
ont été réveillés en pleine nuit en 1994 lorsqu’un
objet ayant crée une explosion de l’ordre de 60 kilotonnes de TNT est
tombé au dessus de la Micronésie, donnant lieu à une «
étoile filante » (?) de magnitude –27 ! . Ce type d’objet tombe
typiquement sur Terre seulement une fois tous les 10 ans. La même rumeur
dit que le temps pris par l’US Air Force pour vérifier une explosion
détectée par ce réseau en temps de paix est de l’ordre
de 30 minutes, et qu’il est bien plus court en temps de guerre (niveau d’alerte,
DEFCON, le plus élevé). L’armée
américaine, sans pouvoir transformer la guerre des étoiles en
guerre des astéroïdes va contribuer plus que positivement, d’une
part en plaçant un satellite disposé à tester des technologies
de la guerre des étoiles en orbite autour de la lune (sonde Clementine),
puis en utilisant certains des télescopes du réseau de surveillance
optique (GEODSS) muni d’une caméra CCD très efficace pour détecter
les astéroïdes potentiellement dangereux. La présence bienveillante
d’un général de l’US Air Force, mais ancien astronome (il a passé
sa thèse à Sacramento Peak et à Kitt Peak), S. Worden,
n’est pas étrangère à tout cela. Un de ces télescopes,
situé à Hawaï en collaboration avec le Jet Propulsion Laboratory
sous la responsabilité d’Eleanor Helin permet au programme NEAT d’exister,
hélas, uniquement suivant un nombre de nuits limitées par mois.
Deux autres télescopes, gérés par le Lincoln Laboratory
(département du Massachussets Institute of Technology gérant les
programmes gouvernementaux américains), munis de caméras très
efficaces constituent le programme LINEAR. Actuellement, et malgré la
concurrence de tous les autres programmes de détection, LINEAR découvre
plus de 70% des astéroïdes géocroiseurs. Utilisant des poses
très courtes (6 secondes typiquement, permettant d’acquérir un
nouveau champ de 2 degrés carrés toutes les 10 secondes), LINEAR
détecte les objets jusqu’à la magnitude 19. Le succès de
ce programme est tel qu’en 2 ans d’existence, il a découvert plus d’astéroïdes
que tout autre programme ( plus de 95000 dénominations provisoires auprès
du Minor Planet Center), rapporte 10 fois plus d’observations au MPC que tous
les autres programmes confondus, aura d’ici peu le plus grand nombre d’astéroïdes
numérotés, a déjà découvert jusqu’à
8 comètes nouvelles dans la même lunaison et a découvert
depuis 1998 plus de 400 astéroïdes géocroiseurs, sur les
1200 et quelques actuellement connus. Une partie du succès de LINEAR
est du aux quelques programmes professionnels et au grand nombre d’amateurs
qui, munis de télescopes de petits diamètres et de caméras
CCD, assurent le suivi des découvertes de LINEAR. Il semble évident
qu’un programme ayant la couverture angulaire mensuelle d’un LINEAR mais allant
à la magnitude 21 par exemple produirait des résultats impressionnants.
On voit l’avancée extraordinaire des techniques lorsque l’on sait qu’il
sera bientôt possible de photographier et traiter en temps réel
tout le ciel visible chaque mois, avec une magnitude équivalente à
celle de l’atlas du Mont Palomar, alors la réalisation de celui ci a
pris plusieurs années auparavant, et que la carte du ciel, limitée
à la magnitude 13 a nécessité des dizaines d’années.
Du côté des calculateurs
d’orbites….
La première chose
que l’on peut constater est que la croissance du nombre d’objets découverts
a été suivi par une croissance de la puissance informatique
(à moins que ce ne soit l’inverse ?). Le Minor Planet Center de l’UAI
(Union Astronomique Internationale ) traite aujourd’hui un nombre impressionnant
de mesures de façon automatique. Chaque mois, plus d’astéroïdes
sont actuellement numérotés que pendant le premier siècle
d’observation, et cette tendance devrait continuer encore dans les années
à venir.
Un nouvel aspect de cette
problématique « néo catastrophiste » s’est développé
lors de l’impact de la comète Shoemaker Levy 9 sur Jupiter en 1994.
Il a fallu alors développer les programmes permettant de calculer un
impact, les circonstances précises du lieu de chute ainsi que l’instant
des chutes. L’imagerie populaire (notamment avec les films Armageddon et Deep
Impact) donnent l’image de l’observateur, qui réalisant instantanément
qu’il a un objet dangereux devant lui, tapote sur son clavier d’ordinateur
et trouve immédiatement le quartier de la ville (américaine)
où va s’écraser l’objet. La réalité est quelque
peu différente. Tout d’abord, avant SL9, personne n’avait de programmes
permettant de faire ce genre de prédictions. Ensuite, le calcul est
un calcul de probabilité d’impact. Lorsque l’on calcule par intégration
numérique la position future d’un objet, on définit en fait
une zone où l’objet a toute probabilité d’être. Cette
zone est d’autant plus grande que le jeu de positions observées est
faible (et surtout que la longueur de l’arc observé est courte), que
la date concernée est lointaine dans le futur et donc que l’objet va
subir de nombreuses approches serrées aux planètes du Système
Solaire interne. Beaucoup de ces objets ont une orbite dite chaotique. Le
calcul est relativement complexe, et il faut plusieurs jours pour avoir une
idée précise de l’évolution future d’un objet. Il aura
fallu l’astéroïde 1997 XF11 pour que plusieurs groupes de dynamiciens
commencent à étudier de près ce problème. Aujourd’hui,
4 groupes au niveau mondial réalisent ces calculs de façon routinière
(le groupe de Don Yeomans au JPL, le MPC, le département de mathématiques
de l’université de Pise sous la houlette de Andrea Milani, et Karri
Muinnonen de l’université d’Helsinski en Finlande). 1997 XF11 est un
objet découvert par Spacewatch fin 1997. Brian Marsden, en calculant
les éphémérides de cet objet s’est rendu compte qu’il
passait très près de la Terre en 2028. Il avait aussitôt
publié une circulaire UAI de façon à demander aux observateurs
de continuer à observer cet objet pour augmenter la précision
de l’orbite, tout en mentionnant que l’objet passerait à une distance
très courte en 2028 (Circulaire UAI 6837) en ayant le tort de mentionner
que l’objet allait passer vraisemblablement très près de la
Terre, et terminant cette phrase par un point d’exclamation (ce qui est peu
coutumier dans une publication scientifique). Il n’en fallu pas plus pour
que les médias annoncent la fin du monde pour 2028. Ce qui fut démenti
peu de temps après lorsque des observations datant de 1991 furent retrouvées
par Eleanor Helin (preuve que la circulaire avait atteint son but). Pour la
première fois, d’une part les astronomes étaient capables de
faire un début de prédiction d’une approche serrée, et
moins glorieusement, ils jouaient involontairement le rôle de Cassandre.
En fait, rapidement, et avant la parution des observations de Helin, Don Yeomans,
du JPL, avait annoncé que la probabilité d’impact, telle qu’il
venait de la calculer, était nulle. Ceci étant, l’orientation
de l’ellipse donnant la position probable de l’objet était fausse,
preuve que le programme n’avait pas beaucoup tourné sur des cas réels
depuis SL9. Depuis, plusieurs autres cas similaires ont été
détectés, notamment par l’équipe de Pise en Italie, avec
des probabilités d’impacts dans le futur généralement
très faibles (la plus grande probabilité jusqu’à présent
a été de 1/500ème). Jusqu’à présent,
sauf un cas d’un objet qui est actuellement perdu, tous ces cas ont pu être
éliminés quasi immédiatement dès que de nouvelles
observations ont été obtenues, soit d’anciennes observations
ont pu être retrouvées dans les archives. Actuellement plusieurs
groupes pratiquent ce genre d’activité qu’il est possible de baptiser
du néologisme de « précouverte » (precovery en anglais).
Avec une base de données des plaques photographiques ou d’observations
CCD (allant des plaques digitalisées des « sky surveys »
aux données de programmes particuliers, comme par exemple les 25000
films pris au petit Schmidt de Palomar par les Shoemaker (et certainement
la même quantité prise par Helin), des amateurs s’amusent à
tenter d’identifier des objets récemment découvert sur ces mines
d’informations que sont les archives. Lorsqu’un objet géocroiseur est
à l’aphélie, il apparaît le plus souvent comme un objet
ordinaire de la ceinture principale. Sur des clichés photographiques,
il n’a en général jamais été rapporté à
l’UAI. Lorsque l’on vient de découvrir un objet intéressant
et que l’on peut l’identifier sur des plaques datant d’une vingtaine d’années,
la qualité de l’orbite augmente énormément, et l’objet
peut généralement être numéroté rapidement.
Plus intéressant dans le cas d’un objet avec une probabilité
d’impact non nulle dans le futur : l’orbite améliorée montre
généralement que l’objet passera à courte distance de
la Terre, mais avec une probabilité d’impact nulle. Une autre manière
de considérer un objet qui a un moment donné possède
une probabilité de un millionième de rentrer en collision avec
la Terre est d’imaginer qu’il en faudrait (au sens de la statistique) un million
pour en avoir au moins un qui rentre effectivement en collision avec notre
belle planète. Ces cas vont certainement devenir de plus en plus fréquents
au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de découvertes
et que l’on arrive à prévoir les approches serrées du
futur. Il suffit de savoir que dans l’espace contenu dans l’orbite de la lune
(une sphère de 400000km de rayon centrée sur la Terre), à
tout moment, il y a environ une cinquantaine d’objets d’une cinquantaine de
mètres de diamètres, quelques uns de diamètres plus important,
et vraisemblablement, quelques fois l’an, le passage d’un objet dont il est
très bien qu’il ne fasse que passer. En fait la détection d’une
approche particulièrement serrée dans le futur ne concerne qu’une
fraction des objets qui passent régulièrement à courte
distance de la Terre.
Après 1997 XF11,
les astronomes ont du se préparer pour mieux affronter la presse et
le public en cas d’alerte liée à la prédiction d’une
probabilité d’impact avec un astéroïdes. Un des problèmes
étant d’informer les observateurs et les calculateurs d’orbites, en
jouant le jeu de l’information ouverte (ne rien cacher, ce qui pourrait avoir
des conséquences bien plus graves), mais sans générer
une panique médiatique. Des directives ont été établies
par l’UAI, et jusqu’à présent, elles ont du être revues
à chaque fois qu’un nouvel objet ayant une probabilité d’impact
non nulle était annoncé à la presse. Il existe actuellement
une échelle allant de 1 à 10, dite de Torino, qui a pour but
de placer un objet en perspective en fonction de sa taille et de sa probabilité
d’impact (la taille étant en général assez mal connue,
et la probabilité d’impact changeant au fur et à mesure des
observations disponibles). Cette échelle n’est qu’un des aspects des
tentatives diverses faites par les astronomes pour mieux communiquer ce genre
d’évènement, en tentant à la fois d’être le plus
ouvert possible, sans pour autant provoquer des paniques généralisées
de manière infondée. Exercice de style périlleux, lorsque
l’on connaît « l’impact » de ce genre d’annonce auprès
du public, et ce d’autant plus que l’on a affaire à un objet qui présenterait
une probabilité importante d’impact, qui ne puisse pas être observé
pendant un certain temps, avant que la probabilité ne redescende à
zéro. Jusqu’à présent, les « alertes » n’ont
durées que quelques jours, nul ne sait comment les populations réagiraient
en cas d’un « suspense » prolongé, notamment en ce qui
concernent les « groupes extrêmistes », sectes apocalyptiques
et autres. Par ailleurs, la notion de probabilité de chute n’est pas
une notion suffisante, lorsque cette probabilité devient palpable.
Il est évident que personne ne va perdre le sommeil pour un objet qui
a une probabilité de un millionième de tomber sur Terre (autrement
dit 99,9999% de chances de ne pas tomber sur Terre). On peut imaginer, si
la Terre vient à être frôlée de très près
(disons 1000km) dans le siècle qui vient, ce qui est du domaine du
faisable, des astronomes devant expliquer que la probabilité est de
20%, mais qu’ils attendent de nouvelles informations pour confirmer cette
probabilité. Il est probable que le public ne se satisfasse pas longtemps
de probabilités. La communication scientifique fonctionne clairement
suivant deux modes. Le mode lent, lorsqu’un groupe de scientifiques annonce
une découverte qui bien souvent n’est important que pour lui même
(en astronomie, une nouvelle planète extrasolaire « ordinaire
», un nouveau type d’objet exotique, etc…), et le mode rapide, lorsque
la nouvelle a un effet direct sur la société ( une nouvelle
maladie ou épidémie, un nouveau vaccin, la première planète
extrasolaire qui ressemblera à la notre, la fin du monde potentielle
liée à l’arrivée d’un astéroïde). Dans ce
deuxième cas, il est clair qu’il n’est pas possible de communiquer
comme sur le mode lent. L’Union Astronomique Internationale et son groupe
de travail sur les astéroïdes géocroiseurs (WGNEO) vient
de recommander que des journalistes soient inclus au groupe d’experts qui
annonceront les prochains objets passant un peu trop près de chez nous.
L’évolution
du nombre d’astéroïdes géocroiseurs découverts en
fonction du temps.
Il est impossible de présenter
une étude détaillée de cette évolution dans un
court article. Les quelques diagrammes ci joints montrent par contre clairement
que l’intuition de Shoemaker et des quelques autres qui ont réinventé
ce domaine d’étude depuis les années 70 était, bien que
surprenante, juste.
Le premier est une projection
de la position des 80000 et quelques astéroïdes connus fin Septembre
2000 sur le plan de l’écliptique (ceux du fichier mpcorb.dat du Minor
Planet Center). Parmis ceux là, un peu plus de 18000 sont numérotés,
les autres ayant une dénomination provisoire, donc des éléments
orbitaux moins précis.
On voit un grand nombre
d’objets à l’intérieur de la ceinture principale, mais deuxième
loi de Kepler oblige, un nombre supérieur est placé dans la
ceinture principale. Au moment de ce tracé (calculé avec le
logiciel PRISM), c’est à dire le premier Janvier 2001, le nombre total
d’astéroïdes géocroiseurs connus, toutes tailles confondues,
est supérieur à 1100. Evidemment, le diagramme est une projection
en deux dimensions d’une réalité en trois. Evidemment aussi,
à l’échelle, le point que représente chaque astéroïde
est bien plus grand que l’objet réel. A cette échelle, la Terre
mesure de l’ordre de deux microns. Par contre, ce dessin ne comporte que les
objets connus, et notamment en ce qui concerne les plus petits objets, est
donc très incomplet.
La courbe suivante donne une idée de la manière
dont ces astéroïdes, avec l’effet très clair des programmes
importants sur le nombre de découvertes.
Cette courbe pourrait être suivie
d’une autre montrant le nombre d’astéroïdes numérotés
en fonction du temps. Les deux ont la même allure. Il a fallu 198 ans
pour numéroter les 10000 premiers astéroïdes et seulement
2 ans pour les 10000 suivants.
Retombées scientifiques :Pouvoir
étudier la dynamique du Système Solaire avec un catalogue de
100000 objets plutôt que de 10000 donne forcément une vue très
différente de celui ci. Les retombées scientifiques d’un tel
projet sont énormes.
- Les astéroïdes
géocroiseurs nous donnent l’occasion de mesurer des objets de petites
tailles, qu’il n’est pas possible d’observer autrement. Parmi ceux ci, de
nombreux objets à rotation très rapide, ce qui semble indiquer
que les astéroïdes de plus grande taille ne sont pas des objets
monolithiques, mais des agrégats de corps plus petits.
- Beaucoup de ces objets
sont plus faciles d’accès que la lune. Les temps de vol sont très
courts lors des fenêtres de tir (quelques semaines). Dans le futur proche,
beaucoup de ces objets vont être visités par des missions spatiales
économiques.
- A terme, ils seront
également utilisés comme ressources pour la colonisation progressive
du Système Solaire. Ces objets sont très divers, et procurent
à faible distance de la Terre des matériaux très divers
(eau, métaux, rochers…).
- Par ailleurs, ces objets
peuvent également observés par radar, et prochainement par optique
adaptative et permettent d’obtenir des images de leur surface pour un coût
beaucoup plus faible qu’une mission spatiale. Ils permettent de valider les
modèles de rotation des autres astéroïdes obtenus par photométrie
uniquement.
- Lors de cet inventaire,
le nombre d’objets de la ceinture principale augmente énormément,
donnant une base de donnée suffisante pour mieux comprendre l’histoire
collisionnelle de la ceinture, et par la même du Système Solaire.
Beaucoup des familles d’astéroïdes de la ceinture principale sont
vraisemblablement formées lors de chocs relativement violents. Composées
uniquement de petits astéroïdes, qui seront détectées
par un inventaire des géocroiseurs, elles restent à découvrir.
- Ce travail est une base
afin de mieux comprendre les disques de matières vus autour des autres
étoiles.
- Nous découvrons également un
grand nombre d’objets particuliers, par exemple nous connaissons aujourd’hui
2 astéroïdes troyens de Mars, 3 astéroïdes dont l’inclinaison
est supérieure à 90° (ils tournent « à l’envers
» dans le système solaire.
Il existe un point de vue assez
étrange dans l’astronomie professionnelle qui veut qu’une activité
scientifique est une activité qui donne lieu à des publications
scientifiques et seulement cela. Si les astronomes s’occupaient de volcanologie,
nul doute qu’ils ne feraient que mesurer la composition de la lave, sa température
et fluidité et s’interdiraient bien sûr de s’occuper des mesures
de prévention nécessaires. Au diable le contribuable. A ceux qui
pensent aussi stérilement, j’espère que le paragraphe précédent
donne au moins quelques raisons « purement scientifiques » de s’intéresser
aux astéroïdes géocroiseurs.
Une vue globale :
Comme dans tous les domaines
des sciences en général, et de l’astronomie en particulier,
de nombreux progrès ont été réalisés dans
le domaine de la science des impacts depuis les années 80. Mais ce
nouveau champ d’étude a cela de particulier qu’il recoupe aujourd’hui
de très nombreux domaines, des astronomes aux philosophes, en passant
par les géologues, les climatologues, les paléontologues, les
militaires, les historiens, les sociologues tous apportant leur pierre à
la compréhension globale du problème. Ces différents
domaines nous donnent une image assez claire, certes encore en évolution,
mais dont il est possible de s’instruire :
- Le Terre est une planète,
appartenant au Système Solaire et les deux entités interagissent,
pour le meilleur et pour le pire.
- Le Système Solaire,
comme tous les objets de l’univers, est en évolution permanente.
Cette évolution se fait à la fois par des processus lents,
et par des processus plus rapides, dits catastrophiques.
- Par des processus liés
aux résonances, des petits corps du Système Solaire continuent
de «tomber » vers le soleil, en provenance de la ceinture principale
des astéroïdes, ou des objets de type Centaure ou encore de
la ceinture de Kuiper, ou de celle de Oort. Cette chute se fait lentement,
notamment par des modifications de l’excentricité de l’orbite qui,
en augmentant, va faire que le périhélie de l’orbite diminue
pendant que l’aphélie augmente. L’évolution orbitale de ces
objets les amène donc momentanément (au sens géologique
du terme) à croiser l’orbite des planètes internes, la Terre
en particulier. L’essentiel de ces objets finit par tomber physiquement
sur le soleil, certains sont éjectés par Jupiter hors du Système
Solaire mais le reste (quelque pourcents) tombe sur les planètes
telluriques et leurs satellites éventuels. La ceinture principale
des astéroïdes n’est plus qu’une pâle figure de ce qu’elle
devait être au début du Système Solaire.
- Deux statistiques suffisent
à décrire le problème : La première est qu’il
n’y a pratiquement aucune chance qu’un astéroïde d’importance
tombe sur Terre pendant ce siècle. La deuxième est que si
malgré tout, cela venait à être le cas, ce qui au niveau
mathématiques n’est pas impossible, dans la situation actuelle, l’intervalle
qui nous séparerait entre le moment où nous prendrons conscience
de l’imminence de l’impact et l’impact lui même serait de 6 secondes,
soit le temps moyen de vol à travers l’atmosphère. Au sens
de l’histoire, et en tant qu’espèce, nous aurons été
alors aussi peu futés que les animaux qui nous entourent. A quoi
sert de connaître l’âge de l’univers au milliard d’années
près si nous ne sommes pas capable de savoir ce qui risque de nous
arriver dans le siècle qui vient alors que nous en avons la capacité
technologique ? Il est probable que nous n’aurons pas à subir une
apocalypse identique à celle qu’ont subi les dinosaures, puisque
nous connaissons à l’heure actuelle une grande proportion des très
gros objets, et qu’aucun n’est dangereux à court terme. Néanmoins
des objets beaucoup plus petits peuvent avoir des conséquences réellement
dramatiques comparées aux autres catastrophes naturelles habituelles.
- Il est possible de séparer
les objets susceptibles de tomber sur Terre en trois catégories :
- Les astéroïdes
et comètes de courtes périodes, qui vont par des perturbations
infimes entrer dans des zones de résonance, principalement liées
à Jupiter. Lorsqu’un tel objet entre dans le Système Solaire
interne, on peut considérer qu’il a au sens géologique «
un pied dans la tombe » et qu’il ne survivra que quelques millions
d’années. Ces objets représentent la grande majorité
des collisions avec les planètes du système solaire interne.
Heureusement, les lois de la mécanique céleste sont telles
qu’il est faisable de prédire ce genre de catastrophe à
l’avance (mais pas trop, de l’ordre du siècle), et donc qu’il est
possible de réaliser un inventaire du Système Solaire interne
pour vérifier qu’aucun objet important n’est sur une course pouvant
se terminer par un impact sur la Terre dans le siècle qui vient.
Cet inventaire est commencé de façon informelle par plusieurs
pays, mais avec une composante US forte depuis le début des années
1995 sous le nom de Survey Spaceguard. Un tel projet a plus pour but de
vérifier qu’il n’existe aucun objet dangereux dans le siècle
à venir (la statistique dit que la probabilité qu’un tel
objet existe est faible). Malheureusement, l’effort est encore bien trop
faible, et nous découvrons encore aujourd’hui des objets susceptibles
par leur taille d’annihiler la vie humaine sur Terre (de taille comparable
à l’objet qui a causé l’extinction des dinosaures), tout
en sachant qu’avec l’effort actuel, il faudra certainement une trentaine
d’années pour arriver à connaître tous les objets
de taille supérieure à 1km, donc susceptibles de causer
une catastrophe globale (avec des conséquences globales au niveau
terrestre, quelque soit le lieu de chute).
-
Les comètes de longue période, venues du Système
Solaire externe. Elles peuvent elles aussi , bien que encore plus rarement
que les autres types d’objets, tomber sur Terre. Leur densité est
très faible (typiquement de l’ordre de 0.5) , mais la vitesse d’impact
est typiquement dans les 60km/s, donc leur énergie cinétique
est très grande. La taille peut également être très
grande. La comète de Hale Bopp par exemple en cas d’impact aurait
eu une énergie cinétique de l’ordre de 40 fois supérieure
à l’objet qui a causé la fin des dinosaures, stérilisant
certainement notre planète. Le problème majeur de ce genre
d’objet est que l’impact n’est pas prévisible un temps suffisant
à l’avance, ils constituent donc une classe d’objet contre lesquelles
nous ne pouvons rien pour l’instant, si ce n’est coloniser les autres
objets du Système Solaire pour repeupler la Terre dans le cas bien
improbable d’un tel impact (ce qui finira par arriver, je parle de la
colonisation du Système Solaire). Sur le très long terme,
en nombre d’impacts, cette classe est négligeable, mais en nombre
de fatalités, elles ne le sont pas et sont à prendre en
compte. Ceci tout en rappelant que le risque représenté
par ces objets est vraiment beaucoup plus faible que celui représenté
par les objets précédents.
-
Les deux classes précédentes représentent ce que
l’on appelle le « catastrophisme stochastique». La dernière
classe représente ce que l’on appelle le « catastrophisme
cohérent », à savoir des objets des deux classes précédentes,
qui se fracturent, et dont les débris peuvent alors occuper l’essentiel
de l’orbite du corps parent. Lorsqu’un des nœuds de cette orbite, par
le jeu des précessions passe temporairement à la distance
de une unité astronomique, la Terre entre dans une phase de collisions
supérieure au flux « normal » qui est le sien. Plusieurs
indices prouvent que cette idée, qui au départ était
considérée comme « encore plus folle » que l’idée
que des impacts avec des astéroïdes de taille importante puissent
arriver, correspond à une réalité. Il suffit de regarder
la manière dont les étoiles filantes tombent sur Terre.
Bien qu’un grand nombre soient sporadiques, la majorité des étoiles
filantes appartiennent à des essaims. En regardant les chutes de
comètes sur le soleil, on voit très nettement l’essentiel
de ces objets sont des objets dits de la « famille de Kreutz ».
La Terre traverse l’essaim des taurides vers la fin Juin de chaque année.
Un certain nombres d’indices prouvent que ceci n’est pas qu’une vue de
l’esprit ( Toungouska, 30 Juin 1908, autant d’impacts sismiques observés
sur la lune fin Juin 1971 que pendant tout le temps de fonctionnement
des séïsmomètres lunaires, formation probable du cratère
Giordano Bruno sur la lune fin Juin 1178 rapportée par l’archevêque
de Canterbury, correction faite du calendrier julien de l’époque).
Ce type d’impact est important car une somme répétée
d’impacts avec des objets de petite taille pendant un temps relativement
long peut créer les mêmes conséquences au niveau climatique
qu’un seul impact d’importance.
- Les impacts sont d’autant plus rares qu’ils
concernent des objets de grande taille. La fréquence de ces impacts
dépend sur le long terme uniquement du nombre d’objet d’une population
donnée. Plus les objets sont petits, plus ils tombent fréquemment
(la limite étant celle des étoiles filantes, astéroïdes
de taille de l’ordre du millimètre, qui tombent en permanence). Différents
chiffres sont annoncés en ce qui concerne cette population, tout
dépend de la courbe que l’on utilise pour estimer sa distribution.
En ce qui concerne les objets géocroiseurs de 1km on trouve une fourchette
comprise entre 1000 et 2000 objets, avec quelques estimations récentes
ayant tendance à favoriser les nombres inférieurs à
1000 (donc en fait conforme aux estimations initiales de Gene Shoemaker,
datant des années 1980). Ces calculs sont peu importants, dans la
mesure où un indice plus important, à savoir une diminution
du nombre d’objets découverts en fonction du temps (et une augmentation
du nombre de redécouvertes accidentelles d’objets déjà
découverts) sera un indicateur plus précis de la réalité
de cette population. Hors pour l’instant, le nombre de découverte
ne cesse de croire, preuve que nous sommes encore loin de la fin de cet
inventaire. Le tableau suivant est issu d’une publication de D. Rabinowitz
de 1992 et donne une idée de la population et de la fréquence
des chutes en fonction de la taille.

- Le tableau suivant donne une idée,
à la fois du nombre d’objets, du risque encouru, et de la fréquence
d’impact pour quelques tailles d’objets, en suivant les estimations du rapport
Spaceguard de 1992. Il se peut que les grandeurs soient en erreur d’un facteur
2 dans un sens comme dans l’autre.
|
Magnitude abs.
|
Diamètre
|
Nombre estimé
|
Destruction
|
~ Fréquence
|
|
> 14
|
4-9km et plus
|
16
|
Extinctions
|
10^8 ans
|
|
> 18
|
0.6 – 1.5 km
|
2000
|
Globale
|
10^5 ans
|
|
> 21
|
170-370 m
|
32000
|
Pays
|
10^4 ans
|
|
> 24
|
40-100 m
|
2 millions
|
Région
|
10^2 ans
|
- La magnitude absolue,
est la magnitude qu’aurait théoriquement l’objet s’il était
à une unité astronomique du soleil, et une unité astronomique
de la Terre.
- Le diamètre
est la gamme de diamètre compatible avec la magnitude absolue, en fonction
des albédos typiques des astéroïdes.
- Le nombre estimé
correspond à l’estimation faite par Spaceguard en 1992. Mis à
part le nombre pour les objets de magnitude >14, qui est un chiffre mesuré,
et vraisemblablement inférieur à 20, les autres chiffres correspondent
au nombre d’objets de taille supérieurs à cette magnitude absolue.
- La destruction est
très variable selon les circonstances de l’impact. La valeur est indicative.
Un objet de 50 mètres peut à la fois faire une « Toungouska
», comme un Meteor Crater. Par contre il est peu probable qu’un objet
de 10km de diamètre ne cause que des dégâts limités.
- La fréquence
est elle aussi indicative. Elle ne préjuge en rien de ce qui peut se
passer ce siècle. La question n’est pas de savoir si, ou combien en
moyenne, mais quand se produira le prochain impact pour une classe
donnée.
- En tant que scientifique,
il est incohérent d’observer ce faisceau d’indices convergents (par
ailleurs publié dans des revues scientifiques, et non dans des journaux
sensationnalistes), et sous prétexte qu’il est socialement inconvenant
de « faire du catastrophisme », ou parce qu’étant français,
donc fier d’appartenir à l’état qui possède les frontières
les plus étanches du monde (cf Tchernobyl), et de fait certainement
un ciel antichoc, ne pas s’autoriser à en parler et surtout faire
quelque chose pour s’en prévenir. Certes le nombre de gourous/escrocs
qui ont fait fortune en prédisant la fin du monde est élevé.
Il faut être capable de faire la différence entre « crier
au loup » et « faire de la prévention ». Face à
un tel faisceau d’évidences amené par les observations, il
semble illogique pour des personnes censées de ne pas réagir,
tout en s’efforçant d’expliquer la réalité au public
(probabilité très très faible, mais suffisante pour
que l’on vérifie que le risque, pour les temps qui viennent, est
nul). En tant que société, nous devons réagir à
ce problème récemment découvert de façon intelligente
et pas émotionnelle. Et dans le domaine, en 15 ans de présentation
publique des astéroïdes géocroiseurs, je sais qu’il est
possible de réagir émotionnellement dans un sens comme dans
l’autre (« la fin du monde arrive ! », ou « on connaît
tous les astéroïdes potentiellement dangereux, tout ceci n’est
qu’une manipulation des services secrets américains ! »). Cette
dernière phrase m’a été rétorquée par
un planétologue français en 1993. A l’époque nous ne
connaissions à peine plus de 200 astéroïdes géocroiseurs,
nous en sommes à 1100, et 2 ordres de grandeurs en dessous de ce
qu’il serait confortable de connaître. Bien que l’astronomie possède
à la fois une culture plus basée sur l’esthétique scientifique
(pour ne pas parler de modes) que sur l’utilité publique et un ensemble
de mythes cohérents difficile à faire évoluer rapidement,
il relève néanmoins de ses compétences d’établir
un recensement du Système Solaire interne de façon à
s’assurer (et le mot est volontaire) qu’il n’y a pas de risques existants
pour le futur.
Ce que les spécialistes en pensent
L’attitude des spécialistes
dans le domaine est aujourd’hui basée sur deux décades de réflexion,
et les conclusions que ceux ci en tirent sont relativement éloignées
de celles qui viennent à la pensée de ceux qui abordent juste
ce domaine.
- Nous savons qu’il
est pratiquement impossible de faire face à l’arrivée d’une
comète lointaine sur une orbite d’impact, tout comme il serait impossible
de dévier un objet arrivant sur Terre sans le savoir au moins quelques
dizaines d’années à l’avance. Tout au plus serait il possible
d’évacuer la zone d’impact d’un petit astéroïde (des simulations
montrent que l’on peut prédire à une cinquantaine de mètres
près la zone de chute d’un astéroïde une semaine avant
l’impact).
- Pour un objet à
courte période (comète ou astéroïde), le cas général
est qu’un impact est précédé de nombreuses approches
serrées. Donc, il est possible d’établir un inventaire complet
du Système Solaire jusqu’à une certaine taille limite. Le calcul
de l’orbite donne un certain nombre de paramètres orbitaux dont celui
que l’on appelle le MOID (Minimum Orbital Intersection Distance), qui est
la distance minimale entre l’orbite de l’objet et celle de la Terre. En deçà
d’une certaine valeur, il est possible d’étudier dans le détail
l’objet pour prévoir les approches serrées. Si le MOID est inférieur
à inférieur à 0.05 UA, l’objet est placé sur la
liste des « potentially hazardous asteroids », PHA en anglais,
que Johannes Andersen, ancien président de l’UAI avait nommé
«perfectly harmless asteroids », aucun de ceux ci ne représentant
de danger immédiat (au sens du calcul, c’est à dire au moins
pour le siècle qui vient, et certainement au delà). Pour comparaison,
la distance de la Terre à la Lune est de 0.0026 UA. Plus l’orbite de
l’objet est mal connue et plus l’intervalle de temps qui nous sépare
de cette approche est grand, plus la position réelle de l’objet est
difficile à estimer. On ne peut donc estimer qu’une probabilité
d’impact. Cette probabilité est généralement revue à
la baisse lorsque d’autres observations, plus anciennes ou plus récentes,
sont rajoutées au jeu de positions utilisées. Le cas échéant,
une seule observation par radar peut amener énormément d’informations
quand à l’orbite réelle de l’objet (il faut généralement
profiter d’un passage serré). Au pire, l’envoi d’une sonde avec largage
d’un transpondeur radio donnerait une précision très grande
à l’orbite. Nous ne doutons donc pas qu’il soit possible assez rapidement
dans le cas d’un objet dangereux d’arriver à une réponse non
plus probabiliste, mais positive ou négative, tout en sachant que «
assez rapidement » peut vouloir dire une dizaine d’années (d’où
à nouveau l’intérêt de faire un travail dans la durée,
et pas une détection trop tardive d’un objet dangereux).
- Les efforts actuellement
développés, quoique beaucoup plus importants que il n’y a seulement
une dizaine d’années sont encore largement insuffisants.
La NASA s’était fixé comme but de détecter tous les objets
de magnitude supérieure à 18 (grosso modo les objets plus gros
qu’un kilomètre de diamètre) en 10 ans. Tout dépend du
fait qu’il en existe 700 ou 2200 (ce sont les fourchettes basse et haute des
estimations). Les prévisions optimistes prévoient une trentaine
d’années à l’heure actuelle. Si un impact est vu seulement comme
étant une certaine énergie arrivant sur Terre, donc en négligeant
l’effet Boris Vian, c’est à dire « l’endroit où ça
tombe », on réalise une simplification grotesque. Des objets
de 500 mètres métalliques sont plus dangereux que des objets
de 1km pierreux (bien que plus difficiles à détecter et nécessitant
de plus gros télescopes). Il fallait en 1992 certainement se fixer
un but réaliste (donc réalisable) plutôt que de prendre
la problématique au pied de la lettre, alors que ce domaine était
encore assez neuf et que peu d’astronomes étaient informés de
la réalité du problème. Par ailleurs, si on considère
le danger des différentes classes d’objets sous la forme d’un nombre
de victimes par an (tant de mort potentiels divisés par l’intervalle
de temps moyen), on s’aperçoit effectivement que ces objets de 1km
sont les plus dangereux. Si tel était le cas, des réseaux de
télescopes de la classe des 3 mètres seraient nécessaires
(c’est ce que recommandait le rapport Spaceguard). Le gouvernement anglais
vient récemment de demander un rapport à 3 experts de haut niveau
sur le problème de la détection des astéroïdes.
Ce rapport est le donc le second à demander la construction de télescopes
de taille suffisante pour pouvoir aussi détecter les objets de petite
dimension, c’est à dire, paradoxalement, d’objets qui tombent bien
plus fréquemment que les objets de 1km, même s’ils ne font «
que » quelques centaines de millions de victimes en moyenne. Faut il
donc, comme le recommandait le rapport Spaceguard en 1992 tenter de détecter
en priorité les objets les plus dangereux sur de grandes périodes
de temps, où les objets qui ont le plus de chances de tomber dans le
siècle qui vient ? (je tiens à dire que bien qu’ayant été
un des rédacteurs du rapport Spaceguard en 1992, mon opinion sur le
sujet a évolué, et c’est évidemment cette solution qui
me semble la plus logique aujourd’hui).
Par ailleurs, la réalité
est que l’on continue encore de découvrir des objets suffisamment gros
pour nous envoyer dans le rang des nombreuses espèces qui peuplèrent
la Terre dans les temps jadis. L’augmentation de l’efficacité des recherches
nous réserve des surprises. Cette année, le télescope
de 50cm de Bisei au Japon a eu la surprise de découvrir un nouvel astéroïde
géocroiseur de magnitude absolue 13.5, donc correspondant à
un objet d’une dizaine de kilomètres de diamètres. Un tel objet
n’avait plus été découvert depuis 1993 !. C’est là
certainement la première priorité, mais même celle là
nécessite des télescopes susceptibles de détecter ces
objets sur l’ensemble de leur orbite, c’est à dire à la distance
de la ceinture principale. Ceci n’est pas encore le cas actuellement, puis
qu’il faut attendre que l’objet soit relativement près de nous, pour
être détecté comme un objet à déplacement
rapide. Sans compter qu’aucun programme de recherche n’existe dans l’hémisphère
sud.
Des simulations montrent
que si l’on tentait de détecter des objets de l’ordre de 150 mètres
de diamètre, donc un survey qui devrait découvrir 100000 objets,
il aurait fallu 12000 ans avec les programmes de recherche de 1980, et «
seulement » 275 ans aujourd’hui. Le problème est que d’une part
observer 275 ans coûtent cher, et que pendant ces 275 ans, la probabilité
de chute d’un objet est loin d’être négligeable. Ne faut il pas
alors plutôt mettre les moyens nécessaires, et terminer cet inventaire
en quelques décades, ou encore utiliser des moyens spatiaux (un satellite
de la classe d’un GAIA, avec son grand plan focal, mais avec une ouverture
supérieure pourrait effectivement découvrir tous les objets
de la ceinture principale en quelques années) ? La problématique
de savoir s’il faut réaliser cet inventaire au sol ou depuis l’espace
est relativement simple. D’une part, il existe un grand nombre d’astéroïdes
de types Aten, qui passent l’essentiel de leur orbite à l’intérieur
de celle de la Terre, et qui donc sont mal détectables depuis le sol
car situés dans le ciel diurne. Plusieurs groupes étudient actuellement
des microsatellites capables de remplir ce genre de mission, ou des instruments
volant sur des sondes plus grosses capables de faire ce genre de travail.
Par ailleurs si l’on s’intéresse à la détection d’objets
de très petites tailles, mais néanmoins ayant plus de probabilité
de tomber sur Terre prochainement que les très gros objets dont la
fréquence de chute est très rare, tout en étant susceptible
d’anéantir l’équivalent de plusieurs départements français
au niveau surface, il semble que les moyens nécessaires depuis le sol
et le temps nécessaire à l’inventaire donnent l’avantage économique
à la solution spatiale.
Pour revenir au syndrome
Boris Vian, il serait nécessaire d’expliquer en détail les différents
scénarios concernant la chute d’un astéroïde sur Terre.
Un petit astéroïde (classe "Toungouska") ne fait que des dégâts
locaux en se vaporisant dans l’atmosphère, si cette vaporisation a
lieu à très basse altitude. Elle ne fait aucun dégât
au dessus de la mer (70% de probabilité), sauf pour les quelques bateaux
qui viendraient à se trouver là. Un objet de 200 mètres
par exemple fera des dégâts nettement plus conséquents,
en partie parce qu’il touche le sol. S’il touche la mer (toujours 70% de probabilités),
il peut générer des tsunamis, qui sont particulièrement
dangereux, une proportion importante de la population terrestre vivant en
bordure des océans. Des simulations faites aux Etats Unis (Sandia Lab)
montrent qu’un tsunami généré par un astéroïde
de quelques centaines de mètres peut avoir des proportions impressionnantes.
Sur l’Atlantique par exemple, il couvrirait toutes les plaines du bord de
mer, remontant facilement jusqu’à Paris. Alors que les derniers films
hollywoodiens sur le sujet renfermaient un nombre impressionnant d’inexactitudes,
le tsunami à la fin de Deep Impact sur New York est réaliste,
bonne hauteur de la vague, et bonne vitesse de déferlement.
Dans la pratique, on sait aujourd’hui qu’il est
difficile d’imaginer exactement ce qui se passe dans le cas d’un impact. Un
livre très intéressant de John Lewis (Comet and Impact Hazards
on a populated earth, chez Academic Press) a mis en évidence le fait
que le nombre de victimes dépend énormément du type d’objet
et de l’endroit où il tombe. L’essentiel du livre est la description
d’un programme informatique basé sur une simulation de Monte Carlo, prenant
en compte une population aussi fidèle que possible à la réalité,
et tous les paramètres connus concernant les impacts (dégâts
en fonction de la zone de chute, zone détruite directement, hiver d’impact,
etc.. ). Ce livre montre clairement que le nombre de victimes n’est pas directement
relié à la magnitude absolue de l’objet (donc en fait la brillance
dans le ciel), et que sur une période assez longue (on peut faire les
simulations sur son ordinateur à la maison), les impacts les plus violents
sont liés à des objets qui arrivent avec des circonstances particulières
(astéroïdes de type M, métalliques, chute sur des lieux très
habités, etc.…). Il est également
opportun de rappeler l’impact de la comète Shoemaker Levy 9 sur Jupiter.
J’en livrerai ici la manière dont je l’ai vécu. Comme tout le
monde avant l’impact, j’avais tenté d’imaginer ce qui allait être
visible. J’étais arrivé à la conclusion, que si les impacts
étaient très violents, ils déclencheraient peut être
une boule de feu qui pourrait, peut être, aller jusqu’à 3000 km.
Donc je m’attendais à voir dans le meilleur des cas quelque chose de
similaire à ce qu’offre l’observation du passage de l’ombre d’un satellite
sur Jupiter, donc une toute petite tache, encore n’était il pas évident
qu’il s’agisse d’une tache très contrastée. La réalité
a été toute autre, et comme des milliers de personnes, j’ai été
choqué de voir des tâches grandes comme trois fois la Terre. En
1989 et 1990, au télescope de Schmidt de l’Observatoire de la Côte
d’Azur, nous avions pris des plaques photos de Jupiter pour un programme d’astrométrie
des satellites distants de cette planète. Ces plaques étaient
très profondes, puisque allant au delà de la magnitude 22. Mon
collègue Christian Pollas avait regardé à nouveau ces plaques
pour vérifier si par hasard une image très faible de la comète
y était visible (elle aurait pu permettre d’affiner l’orbite). Il ne
vit rien à l’endroit attendu. Ce qui confirmait que la comète
était un petit objet. Les estimations actuelles sont que les plus grosses
parties de cette comète mesuraient de l’ordre du kilomètre. Quelques
années auparavant, des chercheurs américains avaient prédit
que l’impact d’un astéroïde sur la Terre produisait d’une part un
tremblement de terre (quelques pourcent seulement de l’énergie de l’astéroïde
sont transmis à la terre), et que la formation du cratère était
en fait du au « rebond » de l’objet qui en arrachant avec lui près
de 20 fois sa masse, injecte une grande quantité de matière dans
la haute atmosphère. Le cratère n’est ainsi que l’intersection
entre la boule de feu de l’impact et la surface terrestre (expliquant pourquoi
les cratères sont toujours de forme quasi circulaire, et entre 10 et
20 fois plus gros que l’impacteur). Cette matière, en ce qui concerne
les plus gros débris retombe sur l’hémisphère considéré
dans les quelques heures suivant l’impact, alors que les poussières restent
dans la haute atmosphère, conduisant très rapidement à
un blocage de la lumière solaire au sol, et à un refroidissement
de la température appelé hiver d’impact en parallèle avec
les hivers nucléaires (radioactivité en moins) qui sont causé
par le même phénomène. Je trouvais ce modèle très
exagéré. Imaginer la moitié d’un hémisphère
terrestre en feu me semblait « trop énorme ». Dans le modèle
considéré, effectivement, les débris retombant sur Terre
à très grande vitesse généraient des incendies de
forte proportion. Je fus très surpris lorsque le modèle de ces
chercheurs, appliqué à Jupiter et SL9, fut trouvé comme
expliquant le mieux les observations. La boule de feu observée s’élevant
3000 km au dessus de la planète (malgré la gravité de Jupiter),
et les taches couvrant une surface équivalent à celle de la tâche
rouge (qui contiendrait trois fois la Terre) étaient vraiment époustouflantes.
Si j’ai commencé à m’intéresser à l’observation
des astéroïdes géocroiseurs pour l’aspect « ludique
» qu’ils représentent, j’ai compris la signification de ce jeu
après l’observation de SL9 sur Jupiter, malgré ce que Gene Shoemaker
m’en avait enseigné à Palomar. -
Actuellement il existe des normes concernant les risques majeurs et néanmoins
à faible probabilité. Lorsque l’on installe une usine nucléaire
ou encore une usine chimique potentiellement dangereuse, on vérifie que
le risque est inférieur à une norme admise. Surprenamment, le
danger potentiel de chute d’un astéroïde est largement supérieur
à ce seuil (quelque soit les estimations faites actuellement, que ce
soit 800 à 2000 astéroïdes de 1km ), mais rares sont les
gouvernements à prendre ce problème sérieusement. Seul
par un concours de circonstances, le gouvernement anglais semble être
sur le point de faire un effort dans le domaine. Au niveau des gros programmes
astronomiques, l’utilisation d’un télescope de la classe des un mètres,
surtout de nouvelle technologie, est ridiculement faible et pourrait être
entrepris facilement. Pourtant jusqu’à peu, ce genre de projet ne paraissait
pas une entreprise scientifique utile. J’en profite au passage pour saluer les
différents directeurs de l’observatoire de la Côte d’Azur.
Lorsqu’une catastrophe survient, il n’existe
pas de cas où le fait d’avoir pu la prédire ai causé plus
de victimes que si elle était survenue sans prévenir (ou sans
que l’homme ai fait ce qui était possible pour être prévenu).
En ce qui concerne les impacts d’astéroïdes, il en est de même.
Certes, actuellement les idées sont assez vagues quant à ce qu’il
faudrait faire pour dévier un objet et peu de personnes sont enclins
à faire des tests grandeurs réelles sur des astéroïdes
de la ceinture principale par exemple. Il semble que l’idée la plus souvent
évoquée soit celle de faire exploser une bombe type bombe à
neutron à proximité de la surface de l’astéroïde,
de façon à pulvériser une partie de la surface de l’objet.
Celle ci, en fusion pendant quelques heures générerait une poussée
faible, mais suffisante, pour qu’au bout de quelques années, l’objet
soit écarté d’un impact avec la Terre. Une impulsion de 1cm/sec
est suffisante pour dévier un objet de plus de 13000 km (le diamètre
de la Terre) en une vingtaine d’années. Il semble évident qu’il
est nécessaire d’éviter de faire exploser l’objet à la
façon Armageddon, car remplacer un impact d’un seul objet par l’impact
de plusieurs objets, radioactifs par ailleurs, n’est pas une bonne solution.
Les militaires savent que surface détruite par une explosion de puissance
donnée varie en fonction de la puissance 2/3 de l’explosif. On calcule
facilement qu’un seule explosion de 1000 gigatonnes détruit bien moins
de surface que 1000 objets d’une gigatonne répartis au hasard. Quelque
soit la solution technique retenue, il est évident que si un jour arrive
où un impact est prévu de façon certaine pour une date
future, les moyens adéquats seront débloqués. Il est évident
alors qu’un projet d’une envergure bien supérieure à ce qu’a été
le projet « Manhattan » en son temps saura rapidement trouver la
ou les solutions techniques nécessaires, pourvu que la prédiction
laisse plusieurs décades entre la découverte de l’impact et l’impact
lui même. Et par ailleurs, se demander à quoi bon savoir si un
astéroïde va tomber sur Terre alors qu’on ne sait pas comment le
dévier est équivalent à un principe de pensée défini
par les Shadocks : « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y pas de
problème. »
La perception des impacts
dans le public Les impacts font
partie des catastrophes naturelles, mais ce qui les place à part des
autres catastrophes naturelles est qu’elles sont d’une part d’origine extraterrestre
et d’autre part qu’elles sont à la fois rares et aux conséquences
qui peuvent être plusieurs ordres de grandeurs plus graves que les autres
catastrophes naturelles. La perception
d’une catastrophe naturelle dépend à la fois de sa fréquence
(si vous aviez un accident mortel à chaque fois que vous preniez votre
voiture, vous marcheriez à pied), de ses conséquences (si chaque
accident de voiture tuait plusieurs centaines de personnes, la voiture serait
interdite) et d’autres paramètres plus flous comme la perception sociale
(si un dictateur tuait 2000 personnes par jour en Europe, les autres états
déclareraient immédiatement une guerre, et pourtant les accidents
de la route et le tabac tuent en Europe plus de personnes chaque jour et nous
ne faisons, en proportion, pratiquement rien contre, parce que ce sont des gestes
socialement admis). Il est difficile de concevoir dans nos schémas classiques
les chutes d’astéroïdes. Si nous concevons que des efforts importants
seraient entrepris si un état terroriste décidait de faire exploser
des bombes atomiques au hasard sur Terre (ou seulement menaçait de le
faire), on conçoit difficilement qu’il soit nécessaire d’aller
faire un inventaire des objets géocroiseurs, bien que des mesures faites
sur les autres planètes, la géologie moderne (on connaît
aujourd’hui près de 150 astroblèmes à la surface de la
Terre) et le début de cet inventaire prouvent que ces objets existent
bel et bien, dans les quantités annoncées, et que le danger, bien
que faible en fréquence et très élevé en conséquences,
existe. La comparaison avec un état terroriste est cependant très
limitée. Les plus grosses bombes atomiques jamais fabriquées ne
sont rien en comparaison de l’énergie délivrée pendant
l’impact avec un objet de 1km. Des énergies de plusieurs gigatonnes sont
dans le domaine du possible. Difficile à concevoir, sauf sur Jupiter.
Si nous concevons, après s’être
informé un minimum, qu’elles peuvent avoir des conséquences énormes
(plusieurs milliards de morts sont dans le domaine du possible), elles n’ont
jamais été observés et/ou compris comme tels pendant notre
courte histoire, et ne sont pas par ailleurs dans le domaine des choses couramment
observées. Hors, il semble évident
que dans ce contexte, les chutes d’astéroïdes rejoignent le sacré.
Les astéroïdes, les extraterrestres et Dieu sont dans notre inconscient,
les seules entités qui nous viennent du ciel (libre à vous de
penser qu’un des trois, où les trois ne viennent jamais nous rendre visite).
Un tiers des humains croient en des religions apocalyptiques, et cette vision
est fortement ancrée dans notre culture. A un tel point qu’il a été
amusant de suivre l’affaire « Paco Rabanne ». Rappelons que cette
personne avait prédit la chute de la station Mir sur Paris pendant l’éclipse
de 1999. Mis à part qu’orbitalement, ceci était l’équivalent
d’annoncer le déraillement du Paris Strasbourg en gare de Pau (au mieux
Mir survole l’Afrique du Nord et ne passe pas au dessus de Paris), il a été
très amusant de suivre les commentaires de cette affaire pitoyable, notamment
post-eclipse, alors que des commentateurs avisés expliquaient que la
fin du monde annoncée par Paco Rabanne n’avait pas eu lieu. Hors, la
chute d’une station spatiale sur une ville est loin, très loin d’être
la fin du monde, et certainement bien moins dangereuse que celle du moindre
astéroïde. Annoncer que quelque chose va tomber du ciel (fut il
aussi petit et léger qu’une station spatiale) est annoncer quelque chose
du même ordre qu’une punition divine. Sans vouloir dédouaner Mr
Rabanne de sa bêtise (quelques coups de téléphone de sa
part à des ingénieurs du CNES auraient pu lui éviter le
ridicule), il est intéressant de constater que l’équation «
chute d’objets célestes » avec « apocalypse –fin du monde
– jugement dernier » est encore bien enracinée dans notre culture.
Et c’est certainement cet aspect non scientifique qui fait que 30 ans après
les premiers travaux de Gene Shoemaker, les moyens nécessaires à
cette entreprise ne soit pas encore disponibles. De
nos jours, il n’y a guère que les astronomes qui recherchent des astéroïdes
qui en voient encore de temps à autres. L’ensemble des astronomes optiques
utilisant soit des instruments à trop champ trop faible (spectroscopie,
optique adaptative) ou encore des algorithmes permettant de supprimer les détections
furtives, comme les impacts de rayons cosmiques ou les images d’astéroïdes.
Quant au reste du public, c’est tout juste s’il sait qu’il y a un ciel, réel,
immense, au dessus de lui. L’image qu’il en a est généralement
très confuse, et c’est la meilleure preuve que l’œuvre de Camille Flammarion
est loin d’être terminée. Comment faire passer un imaginaire collectif
primitif qui en ce qui concerne la majorité du public admet que des «
astres » puissent influencer nos succès en amour et argent à
la réalité physique du système solaire et de ce qui est
au delà. La problématique de la colonisation du Système
Solaire passe par la même impasse. Quelle est la proportion de nos concitoyens
qui savent ne serait ce que reconnaître une planète dans le ciel
? - La simple notion de distance pose
problème. Lorsqu’un article de journal annonce qu’un objet vient de nous
frôler à un million de kilomètres (soit 0.66% de la distance
terre soleil), le public hausse les épaules. Hors, d’une part, il s’agit
là d’une très courte distance à l’échelle du Système
Solaire, et par ailleurs, à raison de 20km/sec, l’objet, s’il venait
vers nous, ne serait plus qu’à 50000 secondes, soit moins de 14 heures
d’un impact. - Toute cette incompréhension
quasi culturelle aboutit à ce que les américains appellent le
« giggle factor », à savoir le « facteur ricanement
». Tout ceci n’est qu’une plaisanterie !. N’a t’on pas assez de problèmes
sur Terre ? Toute personne qui aborde ce problème commence à en
rire, à trouver tout cela ridicule. L’évidence actuelle est pourtant
différente. - Encore une source
d’erreur possible : Les dangers auxquels nous sommes confrontés ne sont
pas liés entres eux. On raconte souvent le cas du voyageur qui emporte
toujours une bombe avec lui en avion, car la probabilité d’avoir deux
bombes à bord est infiniment petite. Il pense ainsi réduire la
probabilité d’être victime d’un attentat. De la même façon,
les activités humaines (pollution, centrales nucléaires des pays
de l’est, réchauffement global, trou dans la couche d’ozone) qui potentiellement
peuvent mettre la vie humaine telle que nous la connaissons sur Terre en danger,
ne modifient en rien la probabilité de chute d’un astéroïde.
On entend là aussi souvent dire « a quoi bon chercher des astéroïdes,
nous avons largement plus de chances de mourir de contamination nucléaire
! » (ou de vache folle, ou de ce que vous voudrez). La statistique de
base nous apprend que l’existence d’autres problèmes graves ne diminuent
en rien la probabilité qu’un astéroïde tombe sur Terre.
L’inverse par contre est vrai. Les conséquences
de la chute d’un astéroïde sont beaucoup plus grandes dans une société
développée que dans une société primaire, où
les habitants sont capables de survivre de leurs cultures. Par ailleurs, il
est amusant de voir des scientifiques responsables envisager le stockage de
déchets radioactifs sur de grandes périodes de temps en ignorant
complètement le danger potentiel que représentent les astéroïdes.
Un astéroïde de 1km tombant sur un pays truffé de centrales
nucléaires et de zones de stockages de déchets radioactifs (prenons
le notre comme exemple), et donc générant des tremblements de
terre largement supérieurs au tremblements de terre « naturels
» prévus par les mêmes scientifiques aurait vite fait de
transformer ce qui fut la France en une terre morte pour un laps de temps assez
grand, tout en contaminant les pays limitrophes. Sur un laps de temps de 100000
ans, la probabilité de chute d’un objet aussi gros est relativement élevée.
Possédant de nombreuses centrales nucléaires et un littoral abondant
(sensibilité aux tsunamis), la France d’aujourd’hui, sans le savoir est
particulièrement sensible aux impacts. -
La pertinence des sommes à dépenser pour connaître s’il
y a un astéroïde sur une orbite de collision avec la Terre sont
faciles à estimer mathématiquement, c’est le rôle du politicien,
conseillé par des scientifiques compétents. Personne n’a jamais
demandé que l’on se protège des astéroïdes et pas
du reste, ou l’inverse. L’effort investi doit être proportionnel au danger
représenté, au delà de nos croyances métaphysiques.
Il est par exemple évident que les systèmes présentés
par certains militaires américains au début des années
90 pour détruire les astéroïdes de petite taille lors de
leur arrivée sur Terre coûteraient beaucoup plus chers que ce qu’ils
permettraient d’éviter. Par contre, il est clair que chercher à
trouver des objets plus gros est un investissement digne d’une société
moderne. On conçoit aisément qu’une société primitive,
qui n’arrive pas encore à contrôler son environnement proche (agriculture),
n’a que le choix de subir les catastrophes plus importantes et plus rares comme
celles liées au climat, aux volcans et autres catastrophes. Une société
très organisée, ou la survie de l’individu dépend du travail
de toute la communauté (voir l’effet qu’une simple grève des transports
peut avoir) a besoin de protections beaucoup plus élaborées. Même
si cela choque notre inconscient, notre société techniquement
hyper développée et à la population hypertrophiée
a besoin de protections beaucoup plus élaborées. Alors que l’on
ne sait toujours pas avec précision prévoir l’activité
volcanique, la mécanique céleste nous offre ce confort de nous
assurer de ce risque récemment compris, mais ayant d’une part toujours
existé, et d’autre part, faisant tellement partie de l’histoire. Histoire
de la Terre, dans la mesure où celle ci s’est formée par des impacts
successifs aux débuts du Système Solaire. Histoire des espèces
sur Terre dans la mesure où la paléontologie nous indique que
plusieurs crises majeures (au moins 5) ont ponctuées l’histoire de la
Terre. Il est probable que la vie primitive ait existé très vite
sur Terre (même au tout débuts de celle ci). Celle-ci est elle
auto générée, ou les germes viennent ils de l’espace comme
beaucoup de chercheurs l’imaginent ?. Les théories de panspermie font
appels aux impacts d’astéroïdes. Constructeurs ou destructeurs ?.
Les échelles de temps mis en jeu sont compatibles avec les statistiques
de chutes des gros astéroïdes géocroiseurs (centaines de
millions d’années). Lors de ces crises, la vie disparaît, puis
apparaît sous d’autres formes. La paléontologie néanmoins
ne décrit pas l’ensemble des évènements catastrophiques.
De la même façon qu’un paléontologue du futur ne pourra
pas voir la quasi extinction à laquelle les baleines bleues ont récemment
échappé, il est impossible de voir les quasi extinctions qui ponctuent
l’histoire de la Terre de façon beaucoup plus fréquente. Depuis
l’époque de Lucie, soit environ 3 millions d’années, il y a du
avoir une quinzaine d’impacts avec des astéroïdes de l’ordre du
kilomètre de diamètre et des milliers d’autres impacts beaucoup
plus petits avec des effets locaux. La population humaine a donc subi des hauts
et des bas, des peuples sont nés et se sont éteints, pendant que
les légendes humaines se créent. Depuis 10000 ans, une relative
stabilité au niveau climatique a permis l’émergence d’une civilisation
avancée et ce surtout dans le dernier siècle. On trouve néanmoins
des périodes plus dures que d’autres, des périodes de refroidissement.
- Une non-idée dont on constate souvent
les effets est que tout a toujours été comme nous le voyons actuellement
et que tout restera de cette façon dans le futur. Idée issue du
darwinisme, donc du siècle dernier, et balayée dans les 10 dernières
années. La population humaine a explosée (on pourrait dire de
façon catastrophique) pendant notre siècle. On constate que notre
planète est fragile au point que l’homme peut mettre sa propre vie en
danger. La nature quant à elle n’est pas une déesse qui aurait
des envies, ou un but, ou une conscience. Patience dans l’azur ? Mon
œil ! La vie est belle, surtout lorsque
on l’appréhende comme elle est réellement et que l’on s’y prépare...
Quelques adresses de
sites webs :
L’index du « Minor
Planet Center »
La NEO confirmation
page
Le site de l’université de Pise – Near
Earth Object Dynamics site (Neodys)
La « Spaceguard foundation
»
Le centre sur les astéroïdes géocroiseurs du JPL
Le site sur les impacts de la NASA
à Ames (contient le rapport Spaceguard de 1992 entres autres)
La résolution 1066
du conseil de l’Europe sur la détection des astéroïdes
géocroiseurs
Le rapport du gouvernement anglais
sur la détection des astéroïdes géocroiseurs
L’archive du Cambridge
Conference Network qui est une liste internet d’information sur les
astéroïdes et le néo-catastrophisme en général.
Liens sur les principaux
programmes de détection d'astéroïdes :