San Pedro de Atacama Celestial Explorations

La solution complète pour observer le ciel d'Atacama

Découverte de la comète 6AC4721

Découverte de la comète 6AC4721

Le programme MAPS (Maury, Attard, Parrott, Signoret) est un programme indépendant de recherche d'astéroïdes géocroiseurs utilisant la technique du suivi synthétique.

Les 4 sont astronomes amateurs. Alain Maury qui a travaillé dans plusieurs observatoires (Observatoire de la Côte d'Azur, Observatoire du Mont Palomar en Californie, Observatoire de La Silla, de l'observatoire europeen austral) avant de fonder son propre observatoire à San Pedro de Atacama au Chili, et les 3 autres sont des informaticiens professionnels, ce qui a permis de développer une suite de logiciels très performante. Georges, Florian et Alain sont membres du GAPRA (Groupement d'Astronomie Populaire de la Région d'Antibes)

Daniel Parrott est l'auteur du logiciel Tycho Tracker et nous avons beaucoup collaboré avec lui au départ, en pratique, il n'a jamais participé aux observations.

Le programme a commencé en 2020, et a depuis permis la découverte de 318 astéroïdes géocroiseurs et de 7 comètes. Ce qui en fait le programme européen le plus efficace, et il se place juste derrière les gros programmes de recherche de ce type d'astéroïdes financés par la NASA. A titre d'information, MAPS n'a fonctionné que 9 mois sur l'année (pour cause de panne technique), et a découvert 102 astéroïdes géocroiseurs. En comparaison, le programme de l'Agence Spatiale Européenne en a découvert 3, un autre amateur français (Christophe Demeautis, programme PASTIS) en a également découvert 3, un autre amateur français (Florent Losse) en a découvert 1, et deux autres amateurs français observant depuis le Maroc (Claudine Rinner et Michel Ory) un autre et Georges Attard, avec son télescope personnel en France, 1 également. Au niveau international nous découvrons plus d'astéroïdes géocroiseurs chaque année que de nombreux programmes professionnels, tel que celui de l'observatoire du Mont Palomar (ZTF), de Ginop (Hongrie), Altay (Chine), Purple Mountain (Chine), WFST (télescope de 2.5m chinois).

Le programme est financé par Alain Maury, mais nous avons reçu deux bourses de la Planetary Society qui nous ont permis d'acheter 4 nouvelles caméras qui vont prochainement rentrer en service.

Parmi les découvertes notables, l'astéroïde 2023DW qui lors de sa découverte possédait une probabilité d'impact avec la Terre non nulle, l'astéroïde 2025OH qui est l'astéroïde géocroiseur avec la plus forte inclinaison (175 degrés sur le plan de l'ecliptique, c'est à dire en fait, incliné de 5 degrés sur le plan du système solaire, mais tournant dans le sens contraire des planètes.

Et donc cette nouvelle comète qui pourrait devenir éventuellement brillante pour peut être être visible à l'œil nu d'ici Avril 2026.

Circonstances de la découverte 

Les 4 télescopes fonctionnent de manière complètement automatique, grâce notamment à des scripts assez complexes écrits via le programme Prism. Durant la journée les PC de contrôle des télescopes et des caméras sont éteints. Un des PC de traitement d'image "réveille" l'équipement lorsque le soleil est à 5 degrés sous l'horizon. La coupole s'ouvre, les caméras sont refroidies à - 10 degrés, et lorsque le soleil est 15 degrés sous l'horizon (i.e. que le ciel est bien noir) les PC commencent à observer le ciel, en choisissant les champs selon un certain nombre de critères: Que le champ n'a pas encore été photographié dans les 5 derniers jours, en évitant la voie lactée (trop d'étoiles), et assez loin de la lune si la lune est présente dans le ciel. La monture du télescope pointe sur la zone sélectionnée, la première caméra fait une image courte afin de vérifier la position du télescope sur le ciel, recentre éventuellement, trouve la bonne position de focalisation afin d'avoir des images nettes (la focalisation change en fonction de la température durant la nuit), prend une série de 36 poses de 30 secondes. Durant chaque pose, le petit PC qui contrôle chaque caméra applique un certain nombre de prétraitements, divise l'image par 2 (binning), recentre par rapport à la première image de la série, et envoie le résultat sur un des PC de traitement d'image, qui sont des PCs assez puissants (i9 avec 64Go de RAM et des teraoctets de disque dur, équipés d'une carte GPU -Graphics Processing Unit- RTX3090 de Nvidia).

Une fois que ces PC ont reçu les 36 images, un script lance le programme Tycho-Tracker, qui les analyse et détecte les astéroïdes présents sur les images. Les 4 caméras font des images jointives, ce qui fait qu'un champ mesure 3.3x8.8 degrés (donc en gros 6.5x17 fois la taille de la lune sur le ciel). Ce logiciel est capable de reconnaître les astéroïdes déjà connus (présents dans la base de donnée mpcorb.dat), et un logiciel écrit par Georges et repris par Florian permet de visualiser le mouvement de ces astéroïdes en donnant un certain nombre de caractéristiques de l'objet dont la probabilité qu'il soit un astéroïde géocroiseur, et la qualité de la détection, à savoir si l'objet a toutes les chances d'être réel, une bonne probabilité ou une faible probabilité (donc high medium ou low en anglais). Tout ceci est réalisé de manière autonome. 

Les observateurs (donc Georges, Florian et Alain) regardent périodiquement un des PC GPU pour voir ce qui a été découvert au cours de la nuit. En ce moment (été au Chili et hiver en France) il y a un décalage horaire de 4 heures. Alain vit de nuit (allant au lit généralement vers les 8h du matin) et les français (Georges et Florian) se réveillent vers les 7h du matin, soit 3h du matin heure chilienne.

Ce 13 Janvier, le programme tourne comme à l'habitude, Alain réalise des tours astronomiques et ce soir il montre le ciel à un couple d'astronomes amateurs américains qui voulaient un tour privé. En fin de tour, il rentre à la maison, et jette un oeil sur le PC GPU. Il y a deux objets que tycho a détecté en "high unknown". Le second est entouré d'un faible halo qui le distinque d'un astéroïde. Il faut vérifier que ce n'est pas un objet connu, que ce n'est pas un satellite artificiel lointain (nous détectons fréquemment des satellites tels que le James Web Telescope, Spektr, Glenn2, et quelques autres).

Ceci est l'image de découverte, on voit l'objet au centre, et on voit qu'il y a un "halo" autour de cet objet.

Alain écrit sur notre whatsapp, à 1h41

-Je crois que le 4721 est une comète. 

A 2h30 (6h30 du matin en France, Georges est un lève tôt)

- Waouuu c'est bien diffus, tu as raison

Entre temps Alain a envoyé une image de confirmation au MPC (Minor Planet Center), et a lancé un autre télescope (un Celestron 14 Hyperstar) pour confirmer la découverte.

Florian se réveille à 7h11, et comme nous n'avons rien découvert d'intéressant depuis le début de l'année, dit:

- Salut. Une comète au milieu de la disette ? Ça alors je croise les doigts des mains et des pieds !!

Lorsque l'image du C14 sort, on a bien un point flou, typique d'une comète lointaine. Entre temps le MPC a placé notre 6AC4721 sur la NEOCP (Near Earth Object Confirmation Page) du MPC. 

Chaque série d'image donne trois positions à trois instants différents, en fin de nuit, il y a donc 6 points d'observation sur cette objet. La NEOCP permet de créer des éphémérides (tables donnant la position de l'objet dans les heures qui viennent), d'obtenir les observations déjà rapportées sur cet objet, et un calcul de 2000 orbits possibles, passant par ces 6 points d'observations. Avec 2 heures d'observation, il est possible de faire passer un grand nombre d'orbites différentes par ces 6 points. Les orbites du MPC donnent une magnitude absolue de 15.2 et une inclinaison de 130 degrés ce qui est clairement cométaire, mais le calcul en local avec le logiciel findorb donne plutôt une orbite de type astéroïde géocroiseur, ce qui est très fréquent (d'obtenir une orbite cométaire au MPC et une orbite d'astéroïde avec findorb)

Pour information, la magnitude absolue d'un petit corps du système solaire est la magnitude (la "brillance") que l'objet aurait s'il était à 1 unité astronomique de la Terre et 1 unité astronomique du Soleil. Lorsque l'on mesure la magnitude d'un astéroïde il est d'autant plus faible qu'il est loin du soleil (moins éclairé) et loin de la Terre (moins brillant aussi). Plus la magnitude est élevée plus l'objet est faible. L'oeil nu voit dans les meilleures conditions jusqu'à la magnitude 6, il y a un facteur de 100 au niveau éclat, donc un astéroïde de magnitude 16 est 10000 fois plus faible que ce que l'on peut voir à l'œil nu. Donc par calcul on trouve la magnitude qu'il aurait s'il était dans ces conditions standards, ce qui permet d'avoir une idée de la brillance réelle de l'objet indépendamment de sa distance au soleil et à la Terre. Aujourd'hui il est très rare de découvrir un astéroïde de magnitude plus brillant que 18 (il n'y en a eu que 2 découverts en 2025, sur plus de 3000 astéroïdes géocroiseurs découverts). Les comètes, possédant une "atmosphère" (le gaz émis par la comète) sont apparemment plus brillantes que les astéroïdes. Donc une magnitude de 15 nous dit que si le calcul d'orbite du MPC est bon, il s'agit bien d'une comète.

Il faut 6 chiffres pour déterminer mathématiquement l'orbite d'une comète. Un de ces 6 chiffres est l'inclinaison de l'objet par rapport à l'écliptique. En général, les astéroïdes sauf cas exceptionnels ont des inclinaisons inférieures à 30 degrés, et les orbites du MPC sur notre comète tournent autour de 130 degrés pour les orbites préliminaires mais avec beaucoup de fluctuations. Nous sommes quand même assez sûrs qu'il s'agit bien d'une nouvelle comète donc Alain envoie un rapport d'activité cométaire au MPC vers 2h20, décrivant l'objet.

Alain va donc au lit sans avoir la confirmation du fait qu'il s'agit d'une comète ou non. Il envoie néanmoins un message à Daniel Green, du CBAT (Central Bureau of Astronomical Telegrams) annonçant notre découverte et en demandant que lorsqu'elle sera "officialisée" elle soit nommée MAPS du nom de notre programme, vu que c'est un travail collectif.

Le lendemain (le 13 dans la journée) la comète a été confirmée par d'autres observateurs et le MPC a déplacé notre comète de la NEOCP à la PCCP (Possible Comet Confirmation Page). Mais comme avec toutes les découvertes récentes il est impossible de calculer précisément l'orbite de l'objet, donc sa visibilité dans le futur, et ce encore plus lorsqu'il s'agit d'une comète vu que chaque comète est un peu différente, il leur arrive de soit "s'éteindre", en disparaissant à cause de la proximité du soleil, soit au contraire d'exploser et de devenir nettement plus brillante. D'où l'expression française de "ne pas tirer de plans sur la comète".

Mais c'est la 8ème comète découverte par notre programme, donc nous sommes tous les trois bien contents. 

Bien d'autres observations vont être faites par d'autres observateurs dans le monde ce qui va permettre d'affiner les éléments orbitaux. Assez rapidement, d'une part l'inclinaison arrive vers les 144 degrés, y compris avec findorb :), et cette valeur n'est pas indifférente.

Via Whatsapp, Jean François Soulier, un ami de Alain lui signale que sur la mailing list des comètes (une liste de courrier destinée aux observateurs de comètes) plusieurs personnes signalent que cet objet est vraisemblablement une comète du groupe de Kreutz

Le groupe de Kreutz

Dans le passé un certain nombre de comètes brillantes sont apparues, et certaines avaient pratiquement les mêmes éléments orbitaux. D'où l'idée que ce sont des fragments d'une comète géante qui serait passée en 362 avant JC proche du soleil et se serait disloquée, et ces "débris" passeraient proches du soleil. Ce sont en fait des comètes Kamikaze, qui si elles ne tombent pas sur le soleil, passent tellement près qu'elles disparaissent, "fondant" à cause de la température très élevées. Certaines de ces comètes ont été extrêmement brillantes, certains visibles en plein jour telle la comète Ikeya Seki (C/1965 S1) en 1965. Le satellite européen Soho lancé en 1993 a par ailleurs observé plus de 5000 cometes tombant sur le soleil ou passant très près dont beaucoup appartiennent au groupe de Kreutz. Cette courte video (en anglais) est très intéressante. A 1minute 50, il y a une animation du système solaire, où l'on voit que la majorité des comètes tombant sur le soleil sont des comètes du groupe de Kreutz (le flot de comètes dessinées en rouge provenant du coin en bas à droite de la vidéo). 

Si vous êtes férus de comètes et n'avez pas peur d'y passer du temps, il y a un article très complet, 21 pages en anglais, de Zdenek Sekanina sur les comètes du groupe de Kreutz, dont il est l'expert reconnu.

Normalement ces comètes sont découvertes alors qu'elles sont très près du soleil. La nôtre a été découverte à plus de 2 UA (Unité astronomique, i.e. c'est à dire la distance terre soleil, soit dans notre cas, plus de 3 millions de km de la Terre) et donc nous avons 3 mois d'observation avant son passage au four :) (solaire).

Page écrite le 17 Janvier au matin. Nous en sommes là, c'est certainement notre découverte qui a de bonnes chances de devenir bien brillante, mais il est difficile de le savoir. Si les éléments orbitaux sont suffisamment corrects, elle pourrait être assez brillante (visible à l'oeil nu?) vers la fin Mars, au crépuscule, sauf que... la lune sera bien présente. Nous croisons les doigts, cette page sera mise à jour en fonction des observations obtenues.

Alain Maury 

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