Sur cette page, l'ensemble du démontage et déménagement du télescope hollandais de La Silla à San Pedro


2 Mai

réveil à 9h00, petit déj, je tente de contacter une personne qui a une feraille, et qui justement à racheté de la feraille à La Silla, dont l'anneau qui sert à manipuler le miroir du télescope. Peine perdue, c'est le numéro d'une personne qui la connait, mais elle n'est pas là, etc... laisse tomber. Je pars récupérer François, on donne rendez vous à Jorge Santana, qui nous amène voir son camion, et voir une compagnie de location qui a un camion grue. Démonstration de la grue, ça semble pouvoir aller. Enfin, ça semble, on vérifiera dès qu'on arrivera à La Silla.

Démonstration d'un camion grue. Ca devrait pouvoir aller... ou pas.

On passe manger au Mc Do (rigolez pas, c'est pas tous les jours pour moi, le premier de San Pedro est à 500 bornes), on passe dans les magasins de bricolage locaux pour acheter un système de fermeture adéquat pour la boite du miroir, mais peine perdue. On achète quand même quelques planches de 2x3 pouces et une plaque de contreplaqué de 15mm pour faire éventuellement quelques caisses. Puis direction La Silla, on évoque avec François les quelques jours qui vont suivre, avec les multiples possibilités que tout foire, que ce soit plan mou sur plan mou, voir méga plan mou, genre tu as l'autorisation de récupérer un vrai télescope professionnel, tout ça, et tu pêtes le miroir, ou foire une roue dentée, etc...

Arrivée à La Silla. Normalement, le reflet brillant est sur les dents du gusse qui a le sourire. Là c'est la voiture. Au fond, La Silla

On arrive à La Silla, passe le poste de garde, arrive au sommet, passe à nos chambres (d'où j'écris cette prose d'ailleurs), et allons voir Gerardo Ihle qui nous amène au télescope, nous remet les clés. Y a pu qu'à....

Auparavant on récupère des palans à chaine de 1.5 tonnes, utiles pour démonter le miroir du télescope et une échelle en alu de 6m. Gerardo nous remet aussi une copie de la procédure de démontage du miroir. Première chose, on mesure le télescope, la coupole, l'espace entre là où un camion pourrait se mettre et le bord de la coupole. On arrive à une distance de 6.5m, et une hauteur (mal estimée) de 3.7m de haut pour le mur de la coupole, et 5m de plus pour le tube du télescope. La grue semble limite, mais peut être que...

Le télescope avant la tempête. Il y a encore la caméra CCD au foyer.

On démonte la caméra CCD, et on commence à décâbler certains trucs sur le télescope. On récupère les brides du télescope (tous les télescopes qui ressemblent un peu à quelque chose ont un système de bride, permettant de bloquer les deux axes du télescope lorsqu'il est déséquilibré). Ca commence sur les chapeaux de roues, la première ligne de la procédure dit qu'il faut retourner le télescope (au sens d'un retournement équatorial) pour monter les brides. Seul problème, il faut donc mettre l'électronique du télescope en route. Le tout est basé sur un HP1000 comme tous les anciens systèmes de contrôle de l'ESO. Le HP1000 est un ordinateur disons au moins fin des années 80, il était moderne alors. Il a 16 interrupteurs en face avant, indiquant que comme les vieilles bécanes on pouvait le booter à la main, et avec de la patience quand même. Grrr, que faire. Une idée simple, aller manger par exemple.

On retrouve des têtes connues et quelques nouvelles. Je discute un peu avec les électroniciens pour voir ce qu'ils en pensent (du fait de devoir bouger le télescope). Ca va depuis virer l'axe du moteur brancher une perceuse dessus et le retourner comme ça, au fait qu'il y a peut être une possibilité que le télescope puisse bouger seulement à partir du rack des amplis. On remonte au télescope après le repas, et on regarde un peu, on branche quelques alimentations 220v, il y a des leds qui se rallument, on regarde en détail, il y a dans l'alim du bas du télescope deux gros boutons, un marqué ON et l'autre OFF, on appuie donc sur ON, le rack des amplis s'allume, il y a un switch rotatif avec une position "slew" (pointage), et quand je le met dans cette position, le télescope se met à tourner. Merveilleux, après 6 ans d'arrêt. Il y a un petit potentiomètre multi tour qui permet de régler la valeur et le sens de la tension sur le moteur. Moteur à donfe d'un côté, à 0 au milieu, à donfe de l'autre dans l'autre position. On incline le télescope en alpha, et on l'amène en butée (presqu'à l'horizontale). Ca permet de déconnecter les câbles qui vont à la focalisation, un tas d'autres câbles plus anciens. On trouve des sondes de température PT100 à 3 endroits différents. La foc est encodée avec un beau codeur linéaire Heidenhain. Je retrouve le boitier de lecture dans la salle de contrôle. On démonte le secondaire, après avoir discuté de quelles sont "les bonnes vis". L'intuition de François est la bonne. Vive les plans qui sont à la maison. On a déjà l'impression d'avoir fait quelque chose. Je sors le télescope de butée à la main en faisant tourner l'axe du moteur. En gros le moteur est monté à 90° de l'axe de la vis sans fin du télescope, avec une réduction elle aussi par roue et vis sans fin. L'axe tourne très facile, ça sent le MCMT les doigts dans le nez. On décable encore quelques trucs, on démonte la bille de tilt, en démontant on voit un par un les sous systèmes du télescope, comment ils ont été faits. On remet le télescope au méridien, puis on pointe le télescope vers le pôle, puis on fait un 180° sur l'axe horaire, puis on remet le télescope au zenith. On monte les brides. Tiens, une étape de franchie.

Lors de l'installation de la bride de tube (barre rouge)

Télescope incliné, on décâble tout ça.

François démontant des contrepoids

En fin de première nuit, déjà pas mal de travail de fait, mais encore tellement qui reste. Et un autre qui reste... pensif...

Une des bonnes choses et qu'on voit que la mécanique est saine, le télescope ne vibre pas, ca respire la bonne santé. Il semble plus que faisable de le faire tourner avec des moteurs pas à pas, mais je vais prendre quand même les moteurs d'origine et leur électronique, au cas où. Il est bien sympatique ce télescope....

On voit sur l'image ci dessus la motorisation d'alpha, entraînant la roue dentée

Le miroir descend du télescope grâce à deux palans montés au nord et au sud du tube. Une pièce avec un anneau est montée sur le tube et reçoit le palan. Une autre est montée sur le barillet. On démonte déjà la jupe de protection du barillet, mais il y a toujours la bonette montée au cul du télescope. Elle a l'air asez lourde, et on se sent mal de la démonter et de la recevoir sur les genoux (voir la page précédente, sur les multiples manières de merder un démontage de télescope). Finalement on décide d'aller se pieuter après être passé une dernière fois à la cantine.


3 Mai.

L'un et l'autre on a pas vraiment bien dormi. Moi réveillé à 7h30 du mat. Je dois aller faire des photos de la coupole pour les envoyer à Jorge pour qu'il les montre au grutier. Je merdois, je fais les photos, descend à la salle d'info, mais oublie le système de lecture des cartes photos sur le PC, je remonte et finalement Jorge me téléphone. Il doit aller travailler (donc avion direction Calama, APEX) et donc doit vraiment faire vite au niveau du choix de la grue. Finalement, dans la matinée il me donnera le nom d'une personne qui a un camion grue un peu plus grand que celui qu'on avait vu.

Je demande à la réception de m'ouvrir une ligne téléphonique, mais ne comprend pas tout de suite comment appeler un téléphone portable. Finalement j'ai le nouveau grutier, qui me dit que la seule manière de procéder est qu'il monte voir la coupole et le télescope pour se faire une idée. Je demande et obtiens une autorisation d'entrée. Il arrivera vers 16 heures.

Entre temps on rediscute un peu avec Gerardo qui nous dit qu'il pense qu'il faut une vraie grue. Au passage on apprend qu'il y a grue et grue. Qu'il existe des camions grues (donc un camion, avec la grue normalement montée entre la cabine et la benne), et qui donc peuvent rouler normalement, et sont relativement économiques (par ici, en gros 250000 pesos par jour de loc, et 20000 pesos hors taxe de l'heure d'utilisation). Et qu'il existe des grues. Sauf qu'elles vont à 20 km par heure, et que donc pour venir de La Serena à La Silla il leur faudrait des heures (La Silla est à deux heures de voiture de La Serena). Qu'en gros on paye la grue (déjà plus cher que la précedente), qu'elle monte sur un gros camion, qui l'emmène sur place, et que en gros on passe de 300000 pesos par jour à 2 millions de pesos, une broutille quoi. Le pb est que une grue donnée pour tel poids n'a plus que entre 10 et 20% de cette capacité lorsque son bras est tendu au maximum. Comme en plus on a le bon goût de ne pas savoir le poids de ce que l'on veut lever, on risque de louer un camion grue, et payer 300000 pesos pour rien. Par ailleurs, les grosses grues se réservent à l'avance, genre 10 jours à l'avance. On est mal.

On arrive à la coupole, et si hier je l'ai ouverte, là je veux la tourner. Les moteurs émettent un bruit, mais rien de tourne. Je tente différents trucs et finalement on appelle Gerardo à la rescousse, qui nous envoit un électricien, qui appelle un mécanicien. La coupole n'a pas tourné depuis plusieurs années et les roues se sont un peu déformées, en gros là où la coupole appuyait, elles sont devenues plates. Avec un cric hydraulique, le mécanicien soulève sous chaque roue et la fait tourner un peu. En ayant fait tourner presque toutes les roues, y compris celle des moteurs d'entrainement, la coupole tourne. Ouf, parce que sans rotation de coupole il était impossible de sortir le télescope.

On travaille la matinée sur le démontage du barillet. Il s'avère que les palans de 1.5 tonnes sont trop gros, on va en chercher d'autres de 500kg, qui sont ceux qui vont bien. On place un gros cube de bois sous le télescope, on bride le palan, on commence à dévisser le barillet du tube. Bientôt les vis sont enlevées (par François), et on peut commencer à baisser le barillet. On amène la bonette en contact avec le cube de bois, et on la dévisse du télescope. On remonte le barillet et on soulève la bonette. Même si on y a arrive, c'est un peu lourd, et on a eu raison de progresser de cette façon, parce que recevoir tout ce poids à bout de bras aurait été plus difficile. Doit bien faire dans les 40kg la roue à filtres. Par contre, ils ont enlevé les filtres, pas cool. Mais bon je vais les demander, de toute façon ils n'utilisent plus des filtres aussi petit... On nous apporte un système, qu'on appelle l'ovni qui permet de soulever le miroir avec trois griffes à 120°. La procédure normale consiste à démonter le barillet du tube, de retirer le baffle du primaire, à monter trois roues à 120° sur le barillet (de façon à pouvoir le déplacer), et à visser trois grosses pattes avec des roues à 120° sur le pourtour du barillet, de descendre le tout jusqu'à ce que les pattes touchent le sol. Puis par en dessous, monter trois gros vis qui permettent de monter le miroir et de le sortir hors du barillet, puis de le prendre avec l'ovni, de rouler le barillet hors champ, et de descendre le miroir dans sa boite de transport.

Bon, ça c'est la procédure normale. Dans la procédure normale, à ce niveau ils disent "enlever le baffle du primaire". Ca prendra en gros une demie heure jusqu'à ce qu'on enlève toutes les vis imaginables, qu'on le hoche, le secoue, le vibre, le... finalement, avec une plaque en bois et au marteau, il vient d'un coup. Là aussi il n'a pas été démonté depuis une dizaine d'année... Pour la manutention du miroir,on ne récupère l'ovni qu'en début d'aprem et que le matin personne ne retrouve les pattes avec roues. Ces roues sont utilisés pour les petits télescopes de La Silla (ce télescope, le 1m, les 1.5m). Finalement vers 17 heures elles arriveront, mais on a déjà trop avancé et on n'en n'a plus besoin. Il y a un trou dans le plancher en dessous du miroir ce qui permet de descendre le miroir par cette trappe, et de l'emmener à l'aluminiure. On décide de descendre le barillet sur deux cubes en bois, en bas de la trappe et de monter les vis de façon à sortir le miroir. Bon, ça semble facile... Il faut déjà trouver un bon point d'équilibre du barillet sur les cubes, donnant aussi un bon accès aux trois roues des trois vis. On est au ras du sol et on tente de faire tourner les trois vis de façon vaguement synchrone de façon à garder le miroir vaguement de niveau. Les vis ont un pas de 1.5mm, et il faut monter en gros 25cm, demi mm par demi. Ca rame un peu. Ce système est assez bizarre. Normalement (disons dans les autres télescopes que j'ai utilisé) on a un tripode (trois barres verticales) qui passent dans trois trous du barillet. On descend le barillet là dessus et on récupère le miroir en l'air sur les trois pattes (couvertes d'une plaque PVC pour protéger le verre). On remonte les palans et on accroche l'ovni et on vient prendre le miroir. Ca y est, il flotte. Le plan est de mettre des profilés en fer sur le barillet, d'y mettre la caisse du miroir (celle que j'ai faite moi même à San Pedro avec mes doigts gourds), et de sortir tout ça demain avec un transpalette. Enfin oui, mais non, parce que le transpalette n'ira pas à cette hauteur et celui qui irait ne passe pas par la porte du télescope, qui ne fait que 1.5m de haut. Par ailleurs les griffes qui tiennent le miroir par dessous empêchent de laisser le miroir avec le fond de caisse.Vive les petits miroirs. Finalement on récupère un transpalette, on remonte le miroir à l'étage. A chaque fois il faut virer le caillibotis en feraille, assez lourd et dévisser une plaque qui supporte les deux caillibotis au milieu. On met le transpalette, le bas de la caisse, et on pose l'ovni sur le bas de caisse, le miroir est à 3cm de la plaque. On vire une des griffes en soulevant un peu le miroir, on passe à l'autre, puis l'autre, c'est un peu sauvage, à chaque fois on fait levier avec une plaque en bois d'épaisseur plus faible, et on descend comme ça le miroir sur sa plaque. Sauf qu'il n'est pas centré, et qu'on ne bouge pas un miroir de 210kg comme ça. Sauf qu'il y a encore un autre petit problème. Le miroir m'a été donné comme ayant 914mm de diamètre. Hors, il existe sur son pourtour tout un tas de plots de métal collé, sur lesquels appuient les leviers astatiques radiaux, qui augmentent le diamètre du miroir de 20mm. Il ne rentre dans sa boite que si les plots ne sont pas sur les lignes centrales de la caisse carrée. Il faut centrer le miroir et en plus le faire tourner. On trouve finalement une manière de faire, sauvage, usezeforcesque, mais bon ça marche. On appuie le transpalette contre une caisse qui elle même s'appuie sur le mur de la coupole. Avec un bout de bois de 1m (coupé dans le bois acheté la veille), on fait riper le miroir, mais sur le côté, ce qui provoque une petite rotation. En même pas une dizaine de fois, on est arrivé à faire tourner le miroir et il est centré. On ferme la caisse. On réouvre la trappe, on remonte le barillet vide, on referme le caillibotis et on repose le barillet desssus. Lorsque le télescope sera gruté, on fera passer le barillet et le miroir par la trappe.

Voilà l'OVNI, une structure un peu bizarre qui permet de lever le miroir.

Le miroir et le barillet sont détachés du tube.

On descend le barillet plus miroir (protégé ici par une plaque d'alu), sur des cubes de bois.

Voilà on remonte le miroir, il est bien sale, mais l'alu est encore assez bon.

Après pas mal d'efforts, le miroir est dans la boite, l'astronome sur la boite. Le barillet restera sur le caillebotis.

Tiens justement, la grue. Le propriétaire de la grue est arrivé entre temps, il mesure un peu tout, et le verdict tombe. Même pas une chance. Il nous faut une vraie grue, une belle grue, chère. Il passe une paire de coups de fils. Dans 15 jours. Grrr. Il va voir demain ce qu'il peut faire, quel prix, comment, quand. Il y a des jours comme ça. Il repart après que je lui ai payé sa course. Entre temps je demande à Gerardo, parce qu'il me semble que Las Campanas a une grue (en fait La Silla en avait une aussi, sauf que depuis plusieurs années elle est à Paranal). Je téléphone à Las Campanas, mais le chauffeur de la grue vient juste de redescendre pour une semaine. Mais la réponse est sympa, j'explique que je peux payer le gars à la journée. Mon interlocuteur (le superintendent de Las Campanas) est prêt à nous aider, mais il faut attendre que le chauffeur arrive à La Serena pour lui demander s'il accepterait de remonter pour une journée pour nous aider. Bon une note positive. On va manger, et on passe la soirée à démonter le bloc moteur de delta, on n'arrive pas à démonter la vis sans fin de delta. François continue de décâbler le télescope. On arrête à 23 heures. Bien crevé, réellement.

Le télescope pendant le démontage, il y a des câbles partout...

Démontage du carter de la roue de delta. Elles sont vraiment belles ces roues.


4 Mai

Je mets le blog à jour, finalement, pas mal de choses de réalisées en peu de temps.

Il semble qu'il y a une possibilité pour demain pour une grue, 1,6 millions de pesos. Arg. Mais bon pas le choix. Je téléphone à Las Campanas pour voir s'ils ne pourraient pas me louer leur grue. Au départ, ça semble possible, puis finalement le lendemain, non, problèmes de pneu qu'il faut changer, de moteur qui chauffe, de chauffeur qui n'est pas là, etc. Mais Jorge Parra me donne le nom d'une compagnie à laquelle ils ont recours. J'appelle la personne, ils ont un camion grue, disponible, mais seulement dimanche matin, et qui semble soulever le poids voulu à la distance voulue. Il m'envoit un email avec la photo de sa grue, et effectivemment elle est nettement plus grande que celle qu'on avait vu. Tout bon, 400000 pesos à la place de 1.6 millions.

Aujourd'hui emballage pour préparer l'éventuel départ, et on regarde avec anxiété les vis allens qui retiennent la déclinaison (en gros 20mm de diamètre) et surtout celles qui retiennent la fourche, en gros 50mm à tête hexagonale, dans un endroit improbable. On va commencer à en enlever quelques unes. On passe à l'atelier chercher une clé à cliquet de 56mm, un truc mais vraiment de base qui fait partie de n'importe quelle boite à outil de bricoleur, heureusement, ils ont ce qu'il faut. C'est un vrai observatoire avec un vrai atelier. On leur emprunte aussi un peson pour mesurer le poids de ce qu'on va lever (attention, en espagnol, pezon = têton, et il ne faut pas demander un têton de 5 tonnes, ils n'ont pas, par contre una pesola, oui). Le soir on fait une paire de parties de billards avec François, trop injuste pour moi.

Il suffit d'une clé de 56mm de diamètre. François à l'oeuvre...

On attaque les décablages, et c'est un cauchemar. Pleins de cables. On voit l'époque du télescope quand même, une électronique assez lourde, pleins de sous systèmes, plusieurs générations de systèmes qui se croisent, personne ne prenant la peine de virer les anciens câbles lorsqu'on installe une nouvelle manipe. Pour les passer dans le télescope, les câbles ont été vaselinés, François adore, il s'en fout plein partout. Vers la fin on commence à devenir médiéval, parce que si on enlève proprement, on met trop de temps. On cisaille les câbles à 30cm de leur borniers. Certains câbles vont directement du cul du télescope à la salle de contrôle, d'autres passent par la fourche, l'axe polaire, la salle de contrôle, pour rerentrer dans la salle d'ordinateurs. Un plaisir.

Toute la semaine il a fait mauvais. François fait quelques photos des environs.


5 Mai

Je profite du dernier jour pour aller sous la coupole et retrouver toutes les pièces détachées, voir ce qui peut être utile ou pas dans ce fouillis. Je démonte le rack d'électronique du télescope, on continue à décabler l'utile et remettre en place l'inutile. En fin de soirée, je fais une caisse en bois pour la bonette. François fait un grand rangement dans la coupole. Je mets au point les derniers détails pour le lendemain, camion, grue, ESO. On commence à être sérieusement fatigué, sales. On a des piles de cables, on retrouve des choses importantes du télescope. On démonte aussi les vis d'alpha et de delta. Elles sont à la limite de ce qu'une personne peut porter, par contre à bout de bras, à deux, lorsque la dernière vis est enlevée, c'est chaud. Par contre toutes les pièces ont été graissées avant d'être montées, et le démontage est facile (1979 à 2007, ça fait 28 ans que le télescope est sur place). On vire le dernier demi carter de la vis de delta. Elles sont bien belles ces roues. Je quitte la coupole à deux heures du mat en voyant qu'on est prêt pour le lendemain. Quel boulot !

 

Les vis d'alpha et de delta au sol


6 Mai

Le Grand Jour. Les deux chauffeurs (de camion et de grue) arrivent à une demie heure d'intervalle. Le premier avec une demie heure de retard, l'autre une heure. Le chauffeur de grue la positionne correctement, prend appui devant le dome, assez loin je trouve, mais bon.

Le camion grue positionné.

Le ciel au moins est bien meilleur que les jours précedents, mais il souffle un vent glacial, ce n'est pas très agréable. Mais j'avais des peurs d'avoir de la neige ou un truc du genre, donc ça va quand même. On va se peler, mais au moins on pourra travailler. On commence à montrer ce qu'il faut charger, et on attaque. D'abord la caisse du miroir dans ma camionette. Dedieu qu'elle est petite la caisse tout en haut...

Puis le barillet, sans soucis. Puis la bonette, toute petite. Chaque fois on en profite pour mettre un peson dans la ligne, l'ESO en a un qui monte jusqu'à 5 tonnes. On pèse au fur à mesure la charge.

Puis le tube. Comment le prendre ? Par en haut on risque de déformer le cercle supérieur. Par en bas, mais où est le centre de gravité ?.

On décide d'incliner le tube en le retenant par des cordes et de le sortir horizontalement. Enfin presque. Lui aussi sort par la coupole. Chaque fois j'ai vraiment des sueurs d'imaginer toutes les choses qui pourraient ne pas aller bien.

La fourche est un autre problème. Comment la prendre, où est le centre de gravité ?. Je veux utiliser 4 points de soutien, deux en haut des bras et deux sur le caisson de bas de fourche. Je vais à l'atelier chercher des anneaux vissants, au pas de 24mm. Impossible à trouver, on cherche à l'atelier, dans la remise du 3.6m, et on ne trouve pas la clé de l'atelier du NTT. Grrr. Finalement les deux chauffeurs me disent qu'en passant la sangle autour du bras, à cause du poids et de la tension, ça ne bougera pas. Donc on fait comme ça, on met la grue en tension, on dévisse les unes après les autres les vis de 56mm de la fourche, la grue tire encore plus et la fourche se décolle, se balançant dangereusement, mais ça doit être normal. On doit y mettre une corde pour la pencher un peu plus et bien la passer par la coupole.

Reste la base de la monture, est ce que la grue va la soulever, oui, non ? si non, on est mal. On passe 4 sangles autour de la base, deux à l'avant, deux à l'arrière. On dévisse les vis, la grue commence à tirer et les élingues touchent le carter de la roue d'alpha, pas bon. On remet un cable plus long à l'avant du caisson. Maintenant c'est OK. La grue tire, rien ne bouge. grrr. On enlève toutes les vis, y compris celles dont je pensais qu'elles étaient des vis poussantes, et non, pas du tout. La grue re-tire, l'avant de la base se soulève, mais pas l'arrière. pfffhhhh... On tente à nouveau, et pas mieux. Le chauffeur de la grue vient voir et en passant dans l'escalier de la coupole et donc à la hauteur de la base voit qu'une des élingues est enquillée sur une vis du socle. Il redétend les élingues, on dégage celle qui est coincée, il retire et là ça décolle, mais j'ai vraiment peur que quelque chose casse, que la base passe à travers le plancher ou quelque chose du genre. La base passe la coupole, on la pose et on la pèse, puis elle trouve sa place sur le camion.

 

La base en l'air.

Elle fait près de deux tonnes

J'ai les nerfs qui lachent un peu, trop d'émotions en trop peu de temps. On reparle du PMCM, plan mou à choix multiples, de toutes les trucs qui auraient pu se passer, des accidents corporels (parce que n'importe quelle de ces pièces tombant sur une des personnes présentes, et c'était la cata majeure), des possibilités de pêter quelque chose sur le télescope, etc... bref un très grand stress. Ensuite on passe la journée à charger les petites caisses les câbles, et à nettoyer la coupole, la salle d'observation et laisser un endroit à peu près propre. Il faut encore faire l'inventaire de ce qu'on emmène et passer à l'administration pour avoir le droit de sortir avec ce matériel. On mange un dernier repas avant de partir (bonnes pizzas de l'ESO), et on descend, il fait déjà nuit. On a "presque" failli partir à midi. :)

Enfin prêts à partir...

Le bilan des masses du télescopes est le suivant :

Bonette 50 kg
Miroir 208 kg
Barillet 300 kg
Tube 650 kg
Fourche 1300 kg
Base 1950 kg

Auquel je rajoute130 kg de choses diverses (les carters, les blocs moteurs, les vis sans fin) pour un poids total de 4.7 tonnes.

On décolle et il fait déjà nuit. On roulera jusqu'à Copiapo. Trouvera un hotel, dodo. Sauf que l'hotel est près d'une boite de nuit où je ne sais quoi et que ces huevons font un bordel dingue lorsqu'ils sortent. Ensuite, un peu plus tard, il y a un coq (plus con qu'on coq comme animal, tu meurs :)) et il nous réveille à nouveau. Bonne nuit les petits.


7 Mai

Réveillés par le chauffeur du camion qui part vers le nord. Le temps de se lever, de regarder un peu la télé, une émission sur les résultats des élections, de prendre le petit déj on part vers 9 heures. On prend de l'essence à Chañaral, puis Antofagasta, où l'on rejoint le chauffeur.

Puis direction Calama, et maison, ouf, enfin. Bien fatigués. On attend le chauffeur qui finalement arrivera bien plus tard, ayant rencontré des amis à Calama (ils me surprendront toujours, sont cools...).

En arrivant vers San Pedro on a droit à un très beau coucher de soleil sur les Andes.

Finalement ils arrivent avec Jorge Santana, et on décide de décharger seulement demain, il fait trop noir, trop froid, trop fatigué. En arrivant on tente de localiser la personne de San Pedro qui a un camion grue. On le trouve, et il nous dit que son camion est chargé, et qu'il part demain de bonne heure à Toconao, mais rentrera à 11 heures du matin. Heure atacaménienne, comme nous allons le voir.


8 Mai

On se lève vers 9 heures et on enlève toutes les petites boites du camion. A midi, ne restent sur le camion que la base, la fourche, le tube, le barillet et la bonette, et le miroir dans ma voiture.

J'enlève les cordes et on commence à démonter.

Midi, toujours pas de grue, 5 heures non plus. On travaille avec François pour mettre au point l'observation de l'occultation de Pluton du 12 Mai, branchement de la caméra Watec, enregistrement sur caméra DV, incrustration de l'heure GPS, etc. J'emmène François au bus, direction La Serena. Il sera à La Silla du 9 au 13, et rejoindra Jean Luc Dauvergne et sa copine à La Silla, puis retour France pour lui. Je passe chez l'indien, il est parti à Toconao à 9 heures, et devrait rentrer dans l'après midi, voilà une nouvelle qui fait du bien. Je tente, sans chance de trouver le chauffeur de grue, l'ingénieur de l'ESO qui doit me calculer le pilier du télescope, personne toute la journée. Je remets mes télescopes dehors, j'ai des tours ce soir...


9 Mai

Lever à 8 heures à nouveau pour tenter de localiser la grue, l'indien qui la conduit, une autre grue, une pelleteuse, quelque chose. Pas trop de succès. Je trouve deux trois boites à Calama qui auraient quelque chose en fin de semaine, ca m'arrange tiens... Je vais voir un chantier à San Pedro, parce qu'ils ont peut être une machine qui irait. Le responsable me donne les coordonées d'une autre personne qui vient voir à 15 heures le télescope. Il pense pouvoir le décharger avec sa pelleteuse. A condition de soulever la base, et que le camion se déplace. Mais ça doit passer. A 15h40 ils arrivent, le chauffeur du camion est là. On commence par sortir le miroir de ma camionette, puis le barillet, puis la fourche, la base et finalement le tube. Tout terminé en 1h40. Maintenant le télescope est arrivé à San Pedro. Grand OUF.

La base étant à la limite du tractopelle, il s'est soulevé de presque 30cm, sur ses patins et sur la benne (les roues ne touchent plus le sol), puis a soulevé la base de 5cm, le camion est parti et il a posé la base tel quel.

La bonne nouvelle est que la personne en question peut aussi me faire les travaux du télescope, couler le béton, etc... Plus cher que les boliviens, mais son béton est certifié, et beaucoup moins cher que la boite que j'avais vu à Calama. Il peut aussi creuser le trou, bref on va reparler avec lui.

Demain matin je dois aller à ALMA laisser les plans du télescope pour le calcul du pilier. Ensuite Calama, je vais en profiter pour acheter du plastique et de la bande adhésive pour tout emballer le télescope, qu'il ne prenne pas trop la poussière...


10,11,12,13 Mai

Presque rien fait. Amené les plans du télescope à Eugenio Ureta pour qu'il fasse le plan du pilier. En théorie les plans devraient être terminés pour dimanche ou lundi. En fait si j'ai fait quelques choses, à savoir observer l'occultation d'une étoile par Pluton. Ensuite tenté de réduire les observations. Un avi de même pas 37000 images.

Le 12 Mai, beaux rayons anticrépusculaires.

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